
Monde Libertaire n°1516
du 15 au 21 mai 2008
« Demandez du travail, s’ils ne vous donnent pas de travail,
demandez du pain, s’ils ne vous donnent ni du pain ni du
travail, prenez le pain. » Emma Goldman
Sommaire
Les sans-papiers toujours mobilisés, par le Moko, page 4
Nouvelles des fronts, par H. Lenoir, page 5
Feu notre système de santé, par Moriel, page 6
La domination masculine, une domination déclinée, par R. Dauxois, page 7
L’Autruche s’expose cette semaine pour une fois en page 7
Course du monde à la catastrophe, par J. Langlois, page 9
Décorticage de la Gaïa de Lovelock, par J.-C., page 11
Des nouvelles d’Attenco, Mexico D.F., par Ian, page 14
Souvenir de Mai 68, par S. Jacaré, page 17
Daumier revisité par G. Bounoure, page 18
Bientôt le Salon du livre libertaire, par Paco, page 19
Oaxaca, recueil de textes présenté par P. Sommermeyer, page 20
La vie du mouvement, page 21
Radio libertaire, page 22
Agenda, page 23
Edito
COMBIEN DE FOIS nous a-t-on serinés ce couplet
: la France est le pays des Lumières, des
droits de l’Homme, des arts, ou bien bercé les
oreilles de topiques du même tonneau, le tout
consistant à flatter nos ego. Itou sont magnifiés
régulièrement tous les personnages et
figures qui illustrent la geste révolutionnaire
d’un pays qui a pour capitale Paris.
L’ennui dans tout cela, c’est qu’à force d’embellir
ou bien de ressasser des passés réels ou
fantasmés, on finit par oublier de remettre les
compteurs à zéro. Bons princes, nous qui
conchions joyeusement les têtes couronnées,
nous suggérons à Darcos – le ministre qui fait
éditer des manuels scolaires, puis qui consulte
les enseignants a posteriori pour recueillir
leur avis sur leur contenu – de rajouter
quelques nouveaux chapitres aux livres en
question.
Pour le premier d’entre eux, vu que nous
sommes soucieux d’entretenir la colère et le
sens de l’humour des élèves, nous ferons un
emprunt à Hollywood. En effet, le Joker, le
sinistre homme-pingouin, s’est échappé du
film de Tim Burton pour aller s’installer –
sans guère se déguiser davantage – à l’Élysée,
poste idéal pour assouvir son inextinguible
soif de pouvoir et tenter de réaliser un maximum
de ses rêves hallucinés. Manque Batman
me direz-vous? Ben oui, mais Thibault se sent
taillé pour endosser le rôle du justicier. Las,
lui et ses comparses ailés, à force de voleter au
sifflet dans les labyrinthes putrides du pouvoir,
sont saisis d’effroi à la perspective de
plonger dans la lumière crue et dure de la rue.
Une large part de la jeunesse d’aujourd’hui ne
se paye pas de mots, la lutte des lycéens depuis
plusieurs mois en fournit une preuve revigorante.
A contrario, leurs aînés semblent plongés
dans une torpeur hébétée digne de
l’atmosphère qui règne à Gotham City. Fin du
premier chapitre. Gros hic dans tout ça, la
grosse boîte de production qui associe
patrons et gouvernement tient absolument à
tenir la plume pour écrire les synopsis des
prochains documentaires. De leurs cartons
sortent des scénarios qui n’en finissent pas de
nous cartonner : pensions de retraite à la
baisse et durée de cotisations à la hausse, accélération
du dépeçage des services publics,
chasse aux sans-papiers et aux chômeurs, etc.,
alors que simultanément le pingouin suprême
et les propriétaires ou gestionnaires
des zoos humains bâfrent à s’en faire péter la
sous-ventrière. Il y a quelques années, le fond
de l’air fut rouge, d’ailleurs nos esprits en
sont encore marqués. Pour les chapitres qui
restent à écrire, supposons que des millions
de mains décident d’utiliser une belle encre
noire… Tiens, Darcos, tu ne rigoles plus ?
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