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Abstention

25 Avril 2007 , Rédigé par groupe Proudhon FA Publié dans #groupe Proudhon - FA

Construire l’unité des libertaires et plus largement des révolutionnaires 

 En cette période électorale, les anarchistes, comme tous les militants sociaux, se posent des questions sur la situation politique et sociale. Nous voyons tous les pouvoirs médiatiques se mettre en ordre de bataille et donner le ton de la campagne. A nous d’analyser et de nous donner des perspectives de lutte.

Il y a 5 ans. En 2002, l’arrivée de Le Pen a 2e tour avait suscité les manifestations spontanées de la jeunesse d’abord et de la plupart des citoyens au point d’amener le « peuple de gauche » a voté Chirac (et même certains libertaires se sont laissés prendre par la fièvre émotionnelle). Mais ceci est presque un épiphénomène de la mobilisation anti-raciste car la réalité des choses ce furent les manifestations, les collectifs, les campements, les multiples initiatives populaires afin de se rencontrer, discuter, commencer à établir une résistance concrète et conviviale face au délire sécuritaire dans lequel on voulait nous enfermer, délire dans lequel chacun est l’ennemi de l’autre. Le point d’orgue fut le 1er Mai, journée de lutte de tous les opprimés. Puis les élections sont passées. Le Pen a été battu et la droite a pu mener sa politique de régression sociale sans que les résistances ne persistent. Dur ! Les urnes, cercueil de nos espoirs !

En 2003, les profs sont en lutte ininterrompue pendant plusieurs mois mais perdent face à l’arrogance de l’Etat. De leur côté, les libertaires s’organisent et réussissent à s’unir contre les puissants lors du contre sommet du G8. L’heure est à l’unité, à la convergence des luttes. Ce sera le Larzac et Bové déjà, le Forum Social Mondial et le Forum Social Libertaire à Paris, les manifestations anti-nucléaire …Puis plus rien.

En 2005, les jeunes se battent contre les réformes de l’éducation. Plusieurs mois de grève encore qui se soldent par une défaite face à la répression féroce de l’Etat. Pendant ce temps, les médias nous préparent au référendum sur la constitution européenne et à voter oui, comme nous y enjoignent les partis du pouvoir. Ce sera la victoire du NON. Là encore, ce seront les multiples collectifs citoyens qui se réunissent dans les bars, dans les salles communales, dans la rue (avec les manifestations du 1er mai notamment) qui gagneront face à la mainmise médiatique. Puis, le vote passe, la dynamique retombe et la politique de régression sociale reste la même. Les urnes, cercueils de nos illusions !

Les collectifs et les individus continuent leur lutte sur la défense des services publics, la laïcité, etc.… Et puis, il y a les émeutes de novembre, suite à la mort de 2 jeunes et face à la violence policière, face au déni et au mensonge médiatique. Les jeunes affrontent la police et font éclater le consensus mou en posant la question de la violence.

En 2006, les jeunes (et les moins jeunes) repartent au combat, cette fois contre le projet de CPE (contrat de précarité et d’exploitation). Enfin, la lutte est couronnée par une victoire, limitée certes, mais réelle. Mais l’Etat se vengera par la répression et les procès.

Pour le mouvement ouvrier, c’est la commémoration des 100 ans de la charte d’Amiens qui institue l’indépendance syndicale, la nécessité de la lutte économique et l’unité de classe face à l’oppression capitaliste. Nous en sommes loin.

Au niveau international, des luttes se mènent aussi au niveau de l’éducation : au Chili, au Mexique. Là, la répression policière est telle que les profs et les habitants entrent en rébellion et créent une Assemblée Populaire afin de s’opposer aux institutions étatiques. Au niveau électoral, c’est la victoire des partis de gauche (Venezuela, Bolivie, etc.).

 Et maintenant. Nous voyons à travers ce bref rappel des luttes que les scrutins sont toujours venus casser les dynamiques populaires et de lutte. Prenons le cas des Collectifs Anti-Libéraux. Cette dynamique populaire n’a réussi qu’à s’échouer sur les rives du mirage électoral avec des dissensions internes telles qu’il ne reste plus rien que des luttes d’appareil : le PC, les trotskystes et les nouveaux gauchistes. Quelle restriction du pouvoir de changer les choses ! A vouloir s’en remettre aux leaders plus ou moins autoproclamés, on casse les espoirs d’un peuple qui se reprenait à croire qu’un autre monde est possible.

Ce slogan nous renvoie aux groupes Attac qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Né d’une volonté de combattre les effets néfastes du capitalisme (comme si le capitalisme n’était pas néfaste en lui-même), Attac avait réussi à réunir et faire se rencontrer des personnes éloignées du militantisme traditionnel, dégoûtées des batailles d’appareil. Et puis, il y eu les tentations électorales. Et puis, il y eu les volontés de prise de pouvoir, les luttes intestines.

Le bilan n’est guère réjouissant. Que ce soit du côté des collectifs « de gauche » mais aussi des libertaires, les élans unitaires n’ont pas réussi à s’inscrire dans le temps et à infléchir les politiques de casse des droits sociaux et des libertés individuelles.

En cas de victoire électorale d’un parti fasciste, quels sont nos moyens d’action, quels sont nos réseaux pour organiser la résistance ? En cas de face à face entre la droite et l’extrême droite, que fera le « peuple » de gauche ? Voter Sarkopen ou Le Penzy ?

J’ai pour ma part une grande confiance dans les capacités de lutte et de résistance de la jeunesse. Et si le 2e tour se passe entre la gauche et le FN que feront les électeurs de droite ? Ces questions n’ont peut-être que peu d’importance. En tous cas, elles n’en auraient pas si nous avions la force de riposter aux attaques patronales et d’opposer nos valeurs de solidarité et de justice, et surtout si les volontés émancipatrices ne se taisaient pas aux appels des urnes.

Les urnes, cercueils de nos espoirs.

Fred – gr Proudhon FA (Besançon)

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