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Fukushima: la situation se stabilise à la centrale ?

31 Décembre 2011 , Rédigé par groupe Proudhon FA Publié dans #Nucléaire

Voici le témoignage du journaliste japonais indépendant Tomohiko Suzuki, qu'il a donné récemment dans une conférence de presse, et qui révèle comment ont été recrutés les ouvriers pour retraiter l'eau contaminée, et dont l'entreprise a "perdu la trace" !

Il a notamment pu être embauché clandestinement sur le site cet été.

 

Il évoque aussi la réaction des ouvriers à l'annonce récente de "l'arrêt à froid des réacteurs de Fukushima"...

 

Alors que le gouvernement japonais vient de décréter l’arrêt à froid des réacteurs de Fukushima (comme s’il y avait encore des « réacteurs » à Fukushima !), un journaliste japonais indépendant, Tomohiko Suzuki, a donné une conférence de presse très instructive. Cet homme courageux, journaliste de terrain, s’était fait embaucher à la centrale de Fukushima Daiichi comme ouvrier par l’intermédiaire d’une filiale de Toshiba. Il a pu ainsi enquêter à l’intérieur même du site du 13 juillet au 22 août 2011, assigné à une tâche liée au retraitement de l'eau contaminée. Ses révélations décapantes nous amènerons à nous interroger une nouvelle fois sur la disparition de dizaines, voire de centaines d’ouvriers sur les listes administratives de la centrale nucléaire.

 

http://www.youtube.com/v/rzLTS7mZkKY&hl=en_US&feature=player_embedded&version=3
Intégralité de la conférence de presse de Tomohiko Suzuki avec interprète anglophone

(durée : 1 heure 42 ; langue : japonais et anglais)

 

Aucun progrès

Tout d’abord, les déclarations de Tomohiko Suzuki (1) sont à l’opposé de la communication officielle qui proclame que tout est sous contrôle. Selon lui, aucun progrès n’a été fait vers une quelconque sortie de la crise nucléaire : seuls des travaux de façades ont été effectués pour faire croire à une maîtrise de la situation. On peut citer en effet l’installation de la tente de protection du réacteur n°1 et le nettoyage de la façade sud du réacteur n°4. Il s’agit d’actions concrètes et visibles propices pour donner une image de maîtrise de la situation. Or en réalité il n’en est rien. Ces actions de sécurisation à court terme ne règlent aucun problème :

 

On ne sait toujours pas quoi faire de l’eau contaminée par le refroidissement des réacteurs, eau que l’on essaie de retraiter mais qui en fait s’entasse sur le site, au risque de la voir se répandre par des fuites diverses dues à des failles dans le sol, à des tuyaux de mauvaise qualité, à des normes techniques différentes selon les entreprises qui interviennent, et peut-être cet hiver à cause du gel de certains circuits exposés en plein air. Au 15 novembre, les réservoirs installés sur le site pouvaient contenir 106 000 tonnes d’eau contaminée.

S’il n’y avait pas une pression de l’opinion publique, TEPCO aurait déjà relâché cette eau dans la mer.

 

Les 6 piscines des réacteurs et la piscine commune nécessitent un refroidissement constant car elles renferment ensemble 1964 tonnes de combustible. Aucune erreur n’est tolérable pour la maintenance de ces piscines, et il est difficile de comprendre pourquoi TEPCO a laissé s’évaporer l’eau de la piscine n°4 jusqu’à ne plus avoir que 1,50 mètre de hauteur au dessus du combustible le 1er décembre alors que 7 mètres sont nécessaires.. Ces piscines extrêmement dangereuses ne servent à rien. Elles nécessiteront des dépenses pharaoniques de surveillance et d’entretien durant des dizaines d’années alors que l’électricité qui a été produite avec les combustibles entreposés est déjà consommée depuis longtemps.

 

Les coriums (2) des réacteurs 1, 2 et 3, représentant au maximum 257 tonnes de combustible, ne sont pas localisés. Malgré des centaines de pages de rapports divers et des modélisations rassurantes, personne ne peut dire aujourd’hui où ils sont exactement. Comment peut-on affirmer contrôler quelque chose qu’on ne sait pas localiser ?

 

Un témoignage accablant

Tomohiko Suzuki témoigne également des conditions de travail inadmissibles, de l’absence de vérification de la qualification des intérimaires, de la guéguerre entre les constructeurs Toshiba et Hitachi qui dissimulent des données qu’ils devraient partager. Toutes ces informations sont habituellement cachées au Japon car les ouvriers du nucléaire n’ont pas le droit de parler, comme cela est stipulé dans leur contrat d’embauche (3). C’est pour cela que cette conférence de presse est exceptionnelle. Les informations sont de première main et c’est suffisamment rare pour être remarqué.

Pour lui, il fallait évacuer une zone de 80 km autour de la centrale, comme les États-Unis l’avaient préconisé pour leurs propres ressortissants. « Il y a des gens qui vivent dans des zones où personne ne devrait être. C'est presque comme s'ils vivaient à l'intérieur d'une centrale nucléaire », explique Suzuki.

 

Malgré l’absence de progrès notables dans la résolution de la crise, les nouvelles idées des ingénieurs sont aujourd’hui repoussées car il n’y a plus d’argent pour cela. On comprend mieux la précipitation du gouvernement et de TEPCO pour annoncer un « arrêt à froid » des réacteurs. Même si cela ne veut rien dire concrètement face à des réacteurs ruinés ayant perdu leur capacité de confinement, cela permet de réduire drastiquement le budget alloué à la résolution de la crise. Et tout cela aux dépens de la santé des travailleurs qui, pour la plupart, ne sont pas suffisamment prévenus des dangers des radiations. Cela explique sans doute le taux de mortalité important sur l’usine : depuis 7 mois, au moins 5 ouvriers sont morts de manière brusque.

 

Risques pour la santé des travailleurs

Tomohiko Suzuki a ainsi dénoncé les dangers et les risques pour la santé des travailleurs. Il existe d’ailleurs toujours des doutes sur l’état de santé des travailleurs que TEPCO a « perdu » de ses listes dans les premiers mois et qu’il serait « impossible » de retrouver aujourd’hui. Le 20 juin, TEPCO avouait avoir perdu 69 ouvriers. Le 21 juillet, NHK rapportait que 198 travailleurs avaient été perdus par l’entreprise. Enfin, selon Fukushima Diary, il manquerait officiellement 840 ouvriers au 15 décembre. Que signifient ces chiffres ? TEPCO semble perdre certains de ses employés au fur et à mesure que le temps s’écoule. Au lieu de retrouver ces personnes pour pouvoir vérifier leur contamination et suivre leur état de santé, l’opérateur en perd de nouveau.

En fait, on apprend avec notre journaliste freelance que, juste après les explosions de mars, TEPCO avait demandé à l’ensemble de ses entreprises de sous-traitance de recruter « des gens qui n’avaient pas peur de mourir ». Comment cela est-ce possible ? Hormis les Japonais qui effectivement, dans un esprit de sacrifice, ont accepté de risquer leur vie pour éviter que le Japon ne devienne un désert radioactif, qui d’autre pourrait accepter cette idée terrible ? Une autre information de poids rapportée par Suzuki pourrait l’expliquer en partie : le journaliste dévoile que les yakuzas sont très impliqués dans l’industrie nucléaire, étant responsables pour 10 % du nombre de recrutés dans la centrale de Fukushima. Les yakuzas formeraient la plus grande organisation criminelle au monde. Il faut savoir qu’au Japon, plus de 41 % des patrons de grandes entreprises japonaises affirment avoir été victimes de racket de cette organisation qui perçoit des « dîmes » régulières. On peut donc comprendre alors quels types de pressions peuvent être exercés sur des familles qui auraient des « dettes ». Car, selon Suzuki, les groupes yakuza ont longtemps envoyé des travailleurs dans les centrales nucléaires comme un moyen de rembourser les prêts consentis à des taux exorbitants.

 

Recrutements douteux

Une autre manière de recruter des ouvriers sur la centrale est le démarchage des personnes en difficulté. Certaines sociétés de sous-traitance sont allées très loin pour recruter des personnes dans le besoin, et surtout ne connaissant pas les dangers de la radioactivité. En témoigne ce tract alléchant distribué dans la région d’Ibaraki, et trouvé dans la boîte aux lettres d’un lecteur de ce blog au mois d’octobre. En voici  la traduction :

> « Travail de reconstruction dans la zone sinistrée suite à la grande catastrophe dans l'est  du Japon

A l'intérieur de la zone de protection des 20 kilomètres (à l'extérieur de la centrale nucléaire) pour un travail de déblaiement.

4 heures par jour (par équipe de 24 heures)

Salaire journalier : 27000 yens

(2 mois = plus de 160 000 yens)

Prise en compte à partir du 10 du mois, paiement 7 jours plus tard.

Durée du travail : 2 mois (pas de vacances)

Logement offert

Frais de repas 1750¥ (3 repas/jour) possibilité de retenue directe sur salaire

Age : entre 40 et 70 ans, hommes uniquement

Travail sécurisé (équipement de protection fourni)

(Sans domicile fixe et membres de la mafia refusés)

Cette annonce sera renouvelée chaque mois, les premiers arrivants seront les premiers inscrits.

"Jusqu’à la fin des travaux de déblaiement"

S.A.R.L Hosyo planning 

Responsable : M. Nakamura : 047- 703 7122 

(Joignable de 6:00 à 11:00) »

 

[NDT : Il est probable que le salaire journalier annoncé soit brut et qu’il faille décompter les charges sociales, les frais d'agence et de postage ainsi que la commission de l'agent recruteur.]  

 

Véritable tract de recrutement ou arnaque ? Seules les personnes dans le besoin qui ont répondu à cet appel pourraient en témoigner. Quoi qu’il en soit, la catastrophe de Fukushima semble avoir créé une économie parallèle, où des salaires mirobolants sont versés à des gens prêts à tout pour sortir de la misère, et où on ne prendrait même pas la peine d’inscrire l’identité de certaines personnes appelées à faire des tâches quasi suicidaires. Sur internet, on trouve ce genre d’annonce avec un salaire mensuel plutôt de l’ordre de 200 000 yens mais le salaire journalier annoncé n’est pas non plus aberrant puisqu’on trouve aussi des annonces à 30 000 yens pour 3 heures de travail la journée . Ces écarts de salaire s’expliquent sans doute par les différences des tâches à effectuer sur le terrain ou dans la centrale.

 

Les ouvriers « jetables » ?

 Selon Fukushima Diary, un travailleur de 21 ans est mort d’un infarctus. Il avait travaillé à la centrale de Fukushima Daiichi de mars à juillet 2011. Il est mort chez lui, et aucune autopsie n’a été réalisée. Cette mort n’est donc pas comptabilisée. Cette information a été donnée par M. Sakuma, commerçant à Kawamata-machi à 22 km à l’est du site nucléaire lors d’une interview accordée au journaliste Iwakami Yasumi. Accablé par les banques à qui il devait 30 millions de yens, cet homme est allé travailler à la centrale tout en étant bien conscient des risques qu’il encourait. Grâce à son témoignage, on apprend que dans les zones les plus contaminées, les ouvriers « non référencés » sont obligés de travailler dans des conditions extrêmes : l’un de ses amis a dû aller dans le réacteur n° 3. Dans un endroit rempli de débris, le compteur montrait environ 1~2 Sv/h. Le lendemain matin, le même endroit avait été impeccablement nettoyé, ce qui signifie que cela avait été fait par des hommes et non par des robots.  Certains travailleurs « jetables » pourraient ainsi être forcés à travailler dans des situations extrêmes, puis on les renverraient, enfin ils seraient marqués comme « manquants ».

La police ne serait pas mieux lotie. Les policiers qui gardent la zone d'évacuation de 20 km ne sont pas informés du niveau de rayonnement de l’environnement où ils travaillent (environ 100 microSv /h lorsque M. Sakuma l’a mesuré) et de ce fait, les décès des policiers ne sont pas plus comptabilisés car ils ne font pas partie de la liste des ouvriers.

Même quand ils ne sont pas forcés de faire des travaux dangereux, certains ouvriers font en sorte de ne pas toujours porter leurs dosimètres afin de pouvoir travailler plus longtemps, car dès qu’ils arrivent à la dose maxi, ils perdent leur emploi. C’est aussi ce qui explique que beaucoup d’ouvriers aient des dépassements de doses. D’ailleurs, l’ancien directeur de la centrale lui-même, souffrant aujourd’hui d’un cancer, avait avoué ne pas s’être inquiété des doses qu’il avait reçues. Depuis mars, d’après les données officielles de TEPCO, sur les 17 780  personnes qui sont venues travailler à la centrale de Fukushima Daiichi, 338 d’entre elles auraient reçues des doses supérieures à 100 mSv. Mais on ne sait pas si les « disparus » sont comptabilisés dans ce nombre. On ne sait pas non plus combien de ces employés sont encore en vie aujourd’hui. Tant que cette liste restera anonyme, il sera impossible de vérifier ces informations unilatérales.

 

Témoignages d’ouvriers sur ZDF (émission Frontal 21 du 4/10/11)

(durée : 8 min 21, sous-titrage en français)

Par ailleurs, un journaliste a tenté de poser la question du nombre de morts directement au gouvernement, représenté ce jour-là par le secrétaire parlementaire Yasuhiro Sonoda : il lui est en fait impossible de répondre à la question et se reporte toujours sur une demande faite à TEPCO. Sa non réponse implique donc que le gouvernement ignore combien de morts il y a eu à Fukushima depuis le 11 mars.

http://www.youtube.com/v/xq07VZdbb7g&hl=en_US&feature=player_embedded&version=3"

 

Des ouvriers en colère

Suite à l’annonce gouvernementale évoquée au début de cet article, il n’y a pas que le gouverneur de Fukushima qui a sursauté en regardant la télévision. Selon le Tokyo Shinbun (le Journal de Tokyo), les travailleurs de Fukushima sont également furieux d'avoir entendu leur premier ministre déclarer que non seulement la température dans les réacteurs avait baissé mais que la situation était désormais sous contrôle : « Le gouvernement ment » ; « Je ne comprends pas ce qu'il dit » ; « On ne peut même pas entrer dans les bâtiments et on ne sait même pas comment récupérer les combustibles ». Un des travailleurs qui regardait la conférence à la télévision commenta aussi : « J'ai cru que je ne comprenais plus le japonais. Je ne crois pas qu'il parle de la centrale que je vois tous les jours. Il nous faudra encore des années pour pouvoir gérer la situation... »

 

Et pendant ce temps-là, les grands médias francophones diffusent en continu une information officielle rassurante (Je vous laisse deviner qui titre quoi !):

L'accident nucléaire de Fukushima est considéré comme terminé

Fukushima : le Premier ministre japonais se veut rassurant

Fukushima: le gouvernement décrète l'état d'arrêt à froid

Etranger : À Fukushima, l'état des réacteurs stabilisé

Fukushima : les réacteurs sont froids, la situation se stabilise

Fukushima: une étape franchie pour la stabilisation du site

Fukushima: la situation se stabilise à la centrale

Fukushima: arrêt à froid des réacteurs

La centrale nucléaire de Fukushima stabilisée

Japon: la procédure d'arrêt à froid de Fukushima menée à bien

L'accident nucléaire de Fukushima est désormais considéré comme terminé

Fukushima : les réacteurs officiellement en "arrêt à froid"

Les réacteurs de Fukushima sont arrêtés

L'arrêt à froid des réacteurs de Fukushima confirmé

Réussite de la procédure d'arrêt à froid

Situation stable à la centrale de Fukushima 

 

Alors que les Japonais soit pleurent, soit sont en colère en entendant leur premier ministre annoncer cet « arrêt à froid », le reste du monde est hilare ou ahuri devant ce mensonge d’État. Le monde entier ? Non, la France aux 58 réacteurs soupire d’aise et se donne pour objectif de construire 30 nouveaux EPR d’ici 2050…

 

(1) Tomohiko Suzuki vient d’éditer un livre intitulé « Le pouvoir des yakusas dans le nucléaire », détaillant ses nombreuses expériences à la centrale de Fukushima Daiichi et les connexions entre les syndicats du crime yakuza et l'industrie nucléaire. Il a été publié par Bungei Shunju le 15 décembre 2011.

 

(2) Le « corium  » est un magma métallique résultant de la fusion des éléments du cœur d'un réacteur nucléaire. Il est constitué du combustible nucléaire, des éléments de l'assemblage combustible et des divers éléments du cœur avec lesquels il rentre en contact. Le corium ne se forme que lors d'accidents nucléaires catastrophiques tels ceux de Three Mile Island, de Tchernobyl, ou de Fukushima.

Le corium se forme à très haute température (~ 3 000 °C, température de fusion de l'oxyde d'uranium). Il dispose d'une importante puissance thermique résiduelle, c'est-à-dire que contrairement à la lave d'un volcan qui finit par se refroidir, le corium continue à émettre de la chaleur pendant des décennies, en raison de la désintégration des produits de fission, après arrêt du réacteur. Il est hautement toxique, radioactif, extrêmement dense et extrêmement chaud : il peut faire fondre la plupart des matériaux et percer tout ce qui se trouve sous lui.

 

(3) Phrases relevées dans les contrats TEPCo : « Si le signataire accepte ce travail, qu’il soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’enceinte de la centrale de Fukushima, il doit rester dans un strict secret concernant toute information, qu’elle soit écrite, orale ou obtenue par observation. » ; « Le signataire n’acceptera jamais d’interview ou une quelconque enquête de la part de tout média, que ces requêtes aient ou non à voir avec le travail. » 

 

Sources :

http://www.theaustralian.com.au/news/world/incognito-journalist-tomohiko-suzuki-claims-fukushima-sham/story-e6frg6so-1226223330282

http://www.japantoday.com/category/crime/view/yakuza-involved-in-fukushima-clean-up-reporter?utm_campaign=jt_newsletter&utm_medium=email&utm_source=jt_newsletter_2011-12-16_AM

http://www.scoop.it/t/fukushima-informations/p/826457940/eng-trad-tomohiko-suzuki-journaliste-et-ancien-travailleurs-temporaire-a-fukushima-daiichi

http://www.fccj.or.jp/node/7119

http://www.tokyo-np.co.jp/article/national/news/CK2011121702000035.html

http://enenews..com/tepco-send-people-dont-mind-dying-video

 

Pour aller plus loin :

Les liquidateurs de Fukushima

http://kibo-promesse.org/2011/10/les-liquidateurs-de-fukushima/

 

Témoignages d’ouvriers sur Channel 4 news

(reportage en anglais)

http://www.youtube.com/watch?v=3ml5gKbStfY

 

Tokyo Freeters - Un film de Marc Petitjean

Le Japon compte aujourd'hui plus de deux millions de freeters, "travailleurs jetables après usage" : des jeunes précaires peu qualifiés qui, faute de moyens, ne peuvent se fixer.

http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/Resistances--mode-d-emploi/3667448.html

 

À la rencontre des travailleurs de Fukushima

(reportage france24)

http://www.france24.com/fr/20111007-reporters-japon-liquidateurs-fukushima-centrale-nucleaire-ouvriers-debris-radioactifs-danger-seisme-tsunami

 

TEPCO Workers Have Over 250 mSv Of Internal Contamination

http://www.simplyinfo.org/?p=4251

 

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Fukushima: la situation se stabilise à la central?

30 Décembre 2011 , Rédigé par groupe Proudhon FA Publié dans #Nucléaire

Voici le témoignage du journaliste japonais indépendant Tomohiko Suzuki, qu'il a donné récemment dans une conférence de presse, et qui révèle comment ont été recrutés les ouvriers pour retraiter l'eau contaminée, et dont l'entreprise a "perdu la trace" !

Il a notamment pu être embauché clandestinement sur le site cet été.

 

Il évoque aussi la réaction des ouvriers à l'annonce récente de "l'arrêt à froid des réacteurs de Fukushima"...

 

 

 

Alors que le gouvernement japonais vient de décréter l’arrêt à froid des réacteurs de Fukushima (comme s’il y avait encore des « réacteurs » à Fukushima !), un journaliste japonais indépendant, Tomohiko Suzuki, a donné une conférence de presse très instructive. Cet homme courageux, journaliste de terrain, s’était fait embaucher à la centrale de Fukushima Daiichi comme ouvrier par l’intermédiaire d’une filiale de Toshiba. Il a pu ainsi enquêter à l’intérieur même du site du 13 juillet au 22 août 2011, assigné à une tâche liée au retraitement de l'eau contaminée. Ses révélations décapantes nous amènerons à nous interroger une nouvelle fois sur la disparition de dizaines, voire de centaines d’ouvriers sur les listes administratives de la centrale nucléaire.

 

http://www.youtube.com/v/rzLTS7mZkKY&hl=en_US&feature=player_embedded&version=3
Intégralité de la conférence de presse de Tomohiko Suzuki avec interprète anglophone

(durée : 1 heure 42 ; langue : japonais et anglais)

 

Aucun progrès

Tout d’abord, les déclarations de Tomohiko Suzuki (1) sont à l’opposé de la communication officielle qui proclame que tout est sous contrôle. Selon lui, aucun progrès n’a été fait vers une quelconque sortie de la crise nucléaire : seuls des travaux de façades ont été effectués pour faire croire à une maîtrise de la situation. On peut citer en effet l’installation de la tente de protection du réacteur n°1 et le nettoyage de la façade sud du réacteur n°4. Il s’agit d’actions concrètes et visibles propices pour donner une image de maîtrise de la situation. Or en réalité il n’en est rien. Ces actions de sécurisation à court terme ne règlent aucun problème :

 

On ne sait toujours pas quoi faire de l’eau contaminée par le refroidissement des réacteurs, eau que l’on essaie de retraiter mais qui en fait s’entasse sur le site, au risque de la voir se répandre par des fuites diverses dues à des failles dans le sol, à des tuyaux de mauvaise qualité, à des normes techniques différentes selon les entreprises qui interviennent, et peut-être cet hiver à cause du gel de certains circuits exposés en plein air. Au 15 novembre, les réservoirs installés sur le site pouvaient contenir 106 000 tonnes d’eau contaminée.

S’il n’y avait pas une pression de l’opinion publique, TEPCO aurait déjà relâché cette eau dans la mer.

 

Les 6 piscines des réacteurs et la piscine commune nécessitent un refroidissement constant car elles renferment ensemble 1964 tonnes de combustible. Aucune erreur n’est tolérable pour la maintenance de ces piscines, et il est difficile de comprendre pourquoi TEPCO a laissé s’évaporer l’eau de la piscine n°4 jusqu’à ne plus avoir que 1,50 mètre de hauteur au dessus du combustible le 1er décembre alors que 7 mètres sont nécessaires.. Ces piscines extrêmement dangereuses ne servent à rien. Elles nécessiteront des dépenses pharaoniques de surveillance et d’entretien durant des dizaines d’années alors que l’électricité qui a été produite avec les combustibles entreposés est déjà consommée depuis longtemps.

 

Les coriums (2) des réacteurs 1, 2 et 3, représentant au maximum 257 tonnes de combustible, ne sont pas localisés. Malgré des centaines de pages de rapports divers et des modélisations rassurantes, personne ne peut dire aujourd’hui où ils sont exactement. Comment peut-on affirmer contrôler quelque chose qu’on ne sait pas localiser ?

 

Un témoignage accablant

Tomohiko Suzuki témoigne également des conditions de travail inadmissibles, de l’absence de vérification de la qualification des intérimaires, de la guéguerre entre les constructeurs Toshiba et Hitachi qui dissimulent des données qu’ils devraient partager. Toutes ces informations sont habituellement cachées au Japon car les ouvriers du nucléaire n’ont pas le droit de parler, comme cela est stipulé dans leur contrat d’embauche (3). C’est pour cela que cette conférence de presse est exceptionnelle. Les informations sont de première main et c’est suffisamment rare pour être remarqué.

Pour lui, il fallait évacuer une zone de 80 km autour de la centrale, comme les États-Unis l’avaient préconisé pour leurs propres ressortissants. « Il y a des gens qui vivent dans des zones où personne ne devrait être. C'est presque comme s'ils vivaient à l'intérieur d'une centrale nucléaire », explique Suzuki.

 

Malgré l’absence de progrès notables dans la résolution de la crise, les nouvelles idées des ingénieurs sont aujourd’hui repoussées car il n’y a plus d’argent pour cela. On comprend mieux la précipitation du gouvernement et de TEPCO pour annoncer un « arrêt à froid » des réacteurs. Même si cela ne veut rien dire concrètement face à des réacteurs ruinés ayant perdu leur capacité de confinement, cela permet de réduire drastiquement le budget alloué à la résolution de la crise. Et tout cela aux dépens de la santé des travailleurs qui, pour la plupart, ne sont pas suffisamment prévenus des dangers des radiations. Cela explique sans doute le taux de mortalité important sur l’usine : depuis 7 mois, au moins 5 ouvriers sont morts de manière brusque.

 

Risques pour la santé des travailleurs

Tomohiko Suzuki a ainsi dénoncé les dangers et les risques pour la santé des travailleurs. Il existe d’ailleurs toujours des doutes sur l’état de santé des travailleurs que TEPCO a « perdu » de ses listes dans les premiers mois et qu’il serait « impossible » de retrouver aujourd’hui. Le 20 juin, TEPCO avouait avoir perdu 69 ouvriers. Le 21 juillet, NHK rapportait que 198 travailleurs avaient été perdus par l’entreprise. Enfin, selon Fukushima Diary, il manquerait officiellement 840 ouvriers au 15 décembre. Que signifient ces chiffres ? TEPCO semble perdre certains de ses employés au fur et à mesure que le temps s’écoule. Au lieu de retrouver ces personnes pour pouvoir vérifier leur contamination et suivre leur état de santé, l’opérateur en perd de nouveau.

En fait, on apprend avec notre journaliste freelance que, juste après les explosions de mars, TEPCO avait demandé à l’ensemble de ses entreprises de sous-traitance de recruter « des gens qui n’avaient pas peur de mourir ». Comment cela est-ce possible ? Hormis les Japonais qui effectivement, dans un esprit de sacrifice, ont accepté de risquer leur vie pour éviter que le Japon ne devienne un désert radioactif, qui d’autre pourrait accepter cette idée terrible ? Une autre information de poids rapportée par Suzuki pourrait l’expliquer en partie : le journaliste dévoile que les yakuzas sont très impliqués dans l’industrie nucléaire, étant responsables pour 10 % du nombre de recrutés dans la centrale de Fukushima. Les yakuzas formeraient la plus grande organisation criminelle au monde. Il faut savoir qu’au Japon, plus de 41 % des patrons de grandes entreprises japonaises affirment avoir été victimes de racket de cette organisation qui perçoit des « dîmes » régulières. On peut donc comprendre alors quels types de pressions peuvent être exercés sur des familles qui auraient des « dettes ». Car, selon Suzuki, les groupes yakuza ont longtemps envoyé des travailleurs dans les centrales nucléaires comme un moyen de rembourser les prêts consentis à des taux exorbitants.

 

Recrutements douteux

Une autre manière de recruter des ouvriers sur la centrale est le démarchage des personnes en difficulté. Certaines sociétés de sous-traitance sont allées très loin pour recruter des personnes dans le besoin, et surtout ne connaissant pas les dangers de la radioactivité. En témoigne ce tract alléchant distribué dans la région d’Ibaraki, et trouvé dans la boîte aux lettres d’un lecteur de ce blog au mois d’octobre. En voici  la traduction :

> « Travail de reconstruction dans la zone sinistrée suite à la grande catastrophe dans l'est  du Japon

A l'intérieur de la zone de protection des 20 kilomètres (à l'extérieur de la centrale nucléaire) pour un travail de déblaiement.

4 heures par jour (par équipe de 24 heures)

Salaire journalier : 27000 yens

(2 mois = plus de 160 000 yens)

Prise en compte à partir du 10 du mois, paiement 7 jours plus tard.

Durée du travail : 2 mois (pas de vacances)

Logement offert

Frais de repas 1750¥ (3 repas/jour) possibilité de retenue directe sur salaire

Age : entre 40 et 70 ans, hommes uniquement

Travail sécurisé (équipement de protection fourni)

(Sans domicile fixe et membres de la mafia refusés)

Cette annonce sera renouvelée chaque mois, les premiers arrivants seront les premiers inscrits.

"Jusqu’à la fin des travaux de déblaiement"

S.A.R.L Hosyo planning 

Responsable : M. Nakamura : 047- 703 7122 

(Joignable de 6:00 à 11:00) »

 

[NDT : Il est probable que le salaire journalier annoncé soit brut et qu’il faille décompter les charges sociales, les frais d'agence et de postage ainsi que la commission de l'agent recruteur.]  

 

Véritable tract de recrutement ou arnaque ? Seules les personnes dans le besoin qui ont répondu à cet appel pourraient en témoigner. Quoi qu’il en soit, la catastrophe de Fukushima semble avoir créé une économie parallèle, où des salaires mirobolants sont versés à des gens prêts à tout pour sortir de la misère, et où on ne prendrait même pas la peine d’inscrire l’identité de certaines personnes appelées à faire des tâches quasi suicidaires. Sur internet, on trouve ce genre d’annonce avec un salaire mensuel plutôt de l’ordre de 200 000 yens mais le salaire journalier annoncé n’est pas non plus aberrant puisqu’on trouve aussi des annonces à 30 000 yens pour 3 heures de travail la journée . Ces écarts de salaire s’expliquent sans doute par les différences des tâches à effectuer sur le terrain ou dans la centrale.

 

Les ouvriers « jetables » ?

 Selon Fukushima Diary, un travailleur de 21 ans est mort d’un infarctus. Il avait travaillé à la centrale de Fukushima Daiichi de mars à juillet 2011. Il est mort chez lui, et aucune autopsie n’a été réalisée. Cette mort n’est donc pas comptabilisée. Cette information a été donnée par M. Sakuma, commerçant à Kawamata-machi à 22 km à l’est du site nucléaire lors d’une interview accordée au journaliste Iwakami Yasumi. Accablé par les banques à qui il devait 30 millions de yens, cet homme est allé travailler à la centrale tout en étant bien conscient des risques qu’il encourait. Grâce à son témoignage, on apprend que dans les zones les plus contaminées, les ouvriers « non référencés » sont obligés de travailler dans des conditions extrêmes : l’un de ses amis a dû aller dans le réacteur n° 3. Dans un endroit rempli de débris, le compteur montrait environ 1~2 Sv/h. Le lendemain matin, le même endroit avait été impeccablement nettoyé, ce qui signifie que cela avait été fait par des hommes et non par des robots.  Certains travailleurs « jetables » pourraient ainsi être forcés à travailler dans des situations extrêmes, puis on les renverraient, enfin ils seraient marqués comme « manquants ».

La police ne serait pas mieux lotie. Les policiers qui gardent la zone d'évacuation de 20 km ne sont pas informés du niveau de rayonnement de l’environnement où ils travaillent (environ 100 microSv /h lorsque M. Sakuma l’a mesuré) et de ce fait, les décès des policiers ne sont pas plus comptabilisés car ils ne font pas partie de la liste des ouvriers.

Même quand ils ne sont pas forcés de faire des travaux dangereux, certains ouvriers font en sorte de ne pas toujours porter leurs dosimètres afin de pouvoir travailler plus longtemps, car dès qu’ils arrivent à la dose maxi, ils perdent leur emploi. C’est aussi ce qui explique que beaucoup d’ouvriers aient des dépassements de doses. D’ailleurs, l’ancien directeur de la centrale lui-même, souffrant aujourd’hui d’un cancer, avait avoué ne pas s’être inquiété des doses qu’il avait reçues. Depuis mars, d’après les données officielles de TEPCO, sur les 17 780  personnes qui sont venues travailler à la centrale de Fukushima Daiichi, 338 d’entre elles auraient reçues des doses supérieures à 100 mSv. Mais on ne sait pas si les « disparus » sont comptabilisés dans ce nombre. On ne sait pas non plus combien de ces employés sont encore en vie aujourd’hui. Tant que cette liste restera anonyme, il sera impossible de vérifier ces informations unilatérales.

 

Témoignages d’ouvriers sur ZDF (émission Frontal 21 du 4/10/11)

(durée : 8 min 21, sous-titrage en français)

Par ailleurs, un journaliste a tenté de poser la question du nombre de morts directement au gouvernement, représenté ce jour-là par le secrétaire parlementaire Yasuhiro Sonoda : il lui est en fait impossible de répondre à la question et se reporte toujours sur une demande faite à TEPCO. Sa non réponse implique donc que le gouvernement ignore combien de morts il y a eu à Fukushima depuis le 11 mars.

http://www.youtube.com/v/xq07VZdbb7g&hl=en_US&feature=player_embedded&version=3"

 

Des ouvriers en colère

Suite à l’annonce gouvernementale évoquée au début de cet article, il n’y a pas que le gouverneur de Fukushima qui a sursauté en regardant la télévision. Selon le Tokyo Shinbun (le Journal de Tokyo), les travailleurs de Fukushima sont également furieux d'avoir entendu leur premier ministre déclarer que non seulement la température dans les réacteurs avait baissé mais que la situation était désormais sous contrôle : « Le gouvernement ment » ; « Je ne comprends pas ce qu'il dit » ; « On ne peut même pas entrer dans les bâtiments et on ne sait même pas comment récupérer les combustibles ». Un des travailleurs qui regardait la conférence à la télévision commenta aussi : « J'ai cru que je ne comprenais plus le japonais. Je ne crois pas qu'il parle de la centrale que je vois tous les jours. Il nous faudra encore des années pour pouvoir gérer la situation... »

 

Et pendant ce temps-là, les grands médias francophones diffusent en continu une information officielle rassurante (Je vous laisse deviner qui titre quoi !):

L'accident nucléaire de Fukushima est considéré comme terminé

Fukushima : le Premier ministre japonais se veut rassurant

Fukushima: le gouvernement décrète l'état d'arrêt à froid

Etranger : À Fukushima, l'état des réacteurs stabilisé

Fukushima : les réacteurs sont froids, la situation se stabilise

Fukushima: une étape franchie pour la stabilisation du site

Fukushima: la situation se stabilise à la centrale

Fukushima: arrêt à froid des réacteurs

La centrale nucléaire de Fukushima stabilisée

Japon: la procédure d'arrêt à froid de Fukushima menée à bien

L'accident nucléaire de Fukushima est désormais considéré comme terminé

Fukushima : les réacteurs officiellement en "arrêt à froid"

Les réacteurs de Fukushima sont arrêtés

L'arrêt à froid des réacteurs de Fukushima confirmé

Réussite de la procédure d'arrêt à froid

Situation stable à la centrale de Fukushima 

 

Alors que les Japonais soit pleurent, soit sont en colère en entendant leur premier ministre annoncer cet « arrêt à froid », le reste du monde est hilare ou ahuri devant ce mensonge d’État. Le monde entier ? Non, la France aux 58 réacteurs soupire d’aise et se donne pour objectif de construire 30 nouveaux EPR d’ici 2050…

 

(1) Tomohiko Suzuki vient d’éditer un livre intitulé « Le pouvoir des yakusas dans le nucléaire », détaillant ses nombreuses expériences à la centrale de Fukushima Daiichi et les connexions entre les syndicats du crime yakuza et l'industrie nucléaire. Il a été publié par Bungei Shunju le 15 décembre 2011.

 

(2) Le « corium  » est un magma métallique résultant de la fusion des éléments du cœur d'un réacteur nucléaire. Il est constitué du combustible nucléaire, des éléments de l'assemblage combustible et des divers éléments du cœur avec lesquels il rentre en contact. Le corium ne se forme que lors d'accidents nucléaires catastrophiques tels ceux de Three Mile Island, de Tchernobyl, ou de Fukushima.

Le corium se forme à très haute température (~ 3 000 °C, température de fusion de l'oxyde d'uranium). Il dispose d'une importante puissance thermique résiduelle, c'est-à-dire que contrairement à la lave d'un volcan qui finit par se refroidir, le corium continue à émettre de la chaleur pendant des décennies, en raison de la désintégration des produits de fission, après arrêt du réacteur. Il est hautement toxique, radioactif, extrêmement dense et extrêmement chaud : il peut faire fondre la plupart des matériaux et percer tout ce qui se trouve sous lui.

 

(3) Phrases relevées dans les contrats TEPCo : « Si le signataire accepte ce travail, qu’il soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’enceinte de la centrale de Fukushima, il doit rester dans un strict secret concernant toute information, qu’elle soit écrite, orale ou obtenue par observation. » ; « Le signataire n’acceptera jamais d’interview ou une quelconque enquête de la part de tout média, que ces requêtes aient ou non à voir avec le travail. » 

 

Sources :

http://www.theaustralian.com.au/news/world/incognito-journalist-tomohiko-suzuki-claims-fukushima-sham/story-e6frg6so-1226223330282

http://www.japantoday.com/category/crime/view/yakuza-involved-in-fukushima-clean-up-reporter?utm_campaign=jt_newsletter&utm_medium=email&utm_source=jt_newsletter_2011-12-16_AM

http://www.scoop.it/t/fukushima-informations/p/826457940/eng-trad-tomohiko-suzuki-journaliste-et-ancien-travailleurs-temporaire-a-fukushima-daiichi

http://www.fccj.or.jp/node/7119

http://www.tokyo-np.co.jp/article/national/news/CK2011121702000035.html

http://enenews..com/tepco-send-people-dont-mind-dying-video

 

Pour aller plus loin :

Les liquidateurs de Fukushima

http://kibo-promesse.org/2011/10/les-liquidateurs-de-fukushima/

 

Témoignages d’ouvriers sur Channel 4 news

(reportage en anglais)

http://www.youtube.com/watch?v=3ml5gKbStfY

 

Tokyo Freeters - Un film de Marc Petitjean

Le Japon compte aujourd'hui plus de deux millions de freeters, "travailleurs jetables après usage" : des jeunes précaires peu qualifiés qui, faute de moyens, ne peuvent se fixer.

http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/Resistances--mode-d-emploi/3667448.html

 

À la rencontre des travailleurs de Fukushima

(reportage france24)

http://www.france24.com/fr/20111007-reporters-japon-liquidateurs-fukushima-centrale-nucleaire-ouvriers-debris-radioactifs-danger-seisme-tsunami

 

TEPCO Workers Have Over 250 mSv Of Internal Contamination

http://www.simplyinfo.org/?p=4251

 

 

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Noël

24 Décembre 2011 , Rédigé par groupe Proudhon FA Publié dans #groupe Proudhon - FA

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Le Monde Libertaire Hors-série n°43

24 Décembre 2011 , Rédigé par groupe Proudhon FA Publié dans #groupe Proudhon - FA

ML------Hors-serie-n-43-recto.jpgLe Monde Libertaire Hors-série n°43 du 22 Décembre 2011

 

Sommaire

Actualité

Les marchands de mensonges, M. Silberstein, page 3

L’assistance sexuelle en question, H. Hernandez, page 7

Entretien avec le sociologue Laurent Muchielli, V. Rasplus, page 10

Histoire

L’AIT et la rupture Marx-Bakounine, R. Berthier, page 13

Dossier : Printemps arabes et indignation mondiale

Où en est la Tunisie ?, Mohamed, page 17

Retour sur l’indignation espagnole, R. Pino, page 19

Israël indigné, P. Sommermeyer, page 22

Indignés d’outre-Atlantique, Stéphane, page 24

Considérations sur « Occupy X », A. Rowe, page 25

Indignés de Hong-Kong et autres, Julien, page 27

International

Que devient le Sup Marcos ?, G. Goutte, page 31

Culture

L’Athénée populaire de Barcelone, M. Aisa, page 34

Entretien avec l’éditeur Marc Tomsin, G. Goutte, page 38

Mouvement

Salon du livre libertaire 2012, Wally, page 42

Rencontre de l’anarchisme 2012, 43

Vive l’anarchie et mort aux flics, 44

La Fédération anarchiste

Liste des groupes, 45

Grille des émissions de Radio libertaire, page 48

 

Editorial

La Fédération anarchiste

La Fédération anarchiste est un groupement de militants politiques organisé sur le principe du libre fédéralisme (c’est-à-dire la libre association) garantissant aux groupes et aux individus qui la composent la plus grande autonomie afin de permettre le pluralisme des idées et des actions, dans le cadre d’un pacte associatif que nous appelons nos « principes de base » (disponibles sur demande). C’est notre outil de lutte qui doit être fonctionnel et rationnel. Nous rejetons en effet tout fétichisme d’organisation.

Pas de hiérarchie, donc pas de chefs chez nous ! C’est à tous les militants et militantes qu’il appartient de faire progresser leur organisation. Nous ne reconnaissons pas la division dirigeants/exécutants, la participation effective des militants et militantes aux structures collectives de l’organisation est un principe d’éthique et de solidarité. Ces structures fédérales sont : le Monde libertaire hebdomadaire, Radio libertaire, hier parisienne, aujourd’hui planétaire, et la librairie du Monde libertaire, à Paris également. En dehors de ces oeuvres fédérales, les groupes ont aussi des locaux, souvent des librairies, éditent des revues, menant ainsi leur propre activité au niveau local.

 

 

Les buts de la FA

Nous sommes pour une révolution radicale et globale, à la fois économique, sociale et politique ; pour détruire la société fondée sur la propriété privée ou étatique des moyens de production et de consommation ; pour la suppression de toutes les formes d’exploitation, de hiérarchie, d’autorité. Cette phase de destruction est nécessaire et c’est sans doute pour cela que certains ne voient ou ne veulent voir les anarchistes que comme des partisans fanatiques du désordre. Qu’ils regardent autour d’eux et qu’ils nous expliquent comment faire pire !

Les anarchistes sont, au contraire, partisans d’une société organisée d’une manière beaucoup plus rationnelle et logique que la jungle capitaliste ou les dictatures marxistes-léninistes. Il s’agit, dans le cadre d’une société libertaire, non pas de gouverner les hommes mais d’administrer les choses au profit de la collectivité tout entière. Nous voulons construire une société libre sans classes ni État, sans patrie ni frontières, avec comme objectifs : l’émancipation des individus ; l’égalité sociale, économique et politique ; la liberté de création ; la justice ; l’éducation libertaire et permanente ; l’organisation sociale sur les bases de la libre fédération des producteurs et des consommateurs (autogestion) ; la démocratie directe ; une économie tournée vers la satisfaction des besoins ; l’abolition du salariat ; l’écologie ; la libre union des individus ou des populations ; la liberté d’expression ; la libre circulation des individus.

Voilà en quelques lignes un aperçu de ce que veulent construire les militants et militantes de la Fédération anarchiste. Rendre possible l’édification d’un ordre social fondé sur l’entraide, la solidarité, sur le respect absolu de l’intégrité physique et morale de l’individu, voilà l’idéal qui nous anime et que nous souhaitons partager avec le plus grand nombre pour un monde meilleur.

 

 

Le Monde libertaire hebdomadaire de la Fédération anarchiste, adhérente à l'Internationale des fédérations anarchistes.

Le Monde libertaire hors-série n° 43 sera présent en kiosque jusqu'au 22 Février 2012, 50 pages d'actualités en couleurs vues par les anarchistes pour quatre euros.

Reprise du Monde libertaire hebdomadaire 24 pages dès le début du mois de Janvier.

http://www.federation-anarchiste.org

Trouvez le point de vente du Monde libertaire le plus proche de chez vous :

http://www.trouverlapresse.fr

Retrouvez le site web du Monde Libertaire à l' adresse suivante:

http://www.monde-libertaire.fr

En vente dans toutes les bonnes librairies et donc à

La librairie associative l’Autodidacte

5, rue Marulaz 25000 Besançon

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Expériences concrètes

22 Décembre 2011 , Rédigé par groupe Proudhon FA Publié dans #luttes sociales

Lundi 19 décembre, dans l'émission de Daniel Mermet Là-bas si j'y suis, a été évoquée la commune andalouse de Marinaleda (2 700 habitants), où se pratiquent depuis plus de 30 ans collectivisation des terres, démocratie directe, salaire égal pour tous... :

http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2329

 
                           Marinaleda, utopie égalitaire ?

 

“Il nous a fallu trente ans pour en arriver là. Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que ce sont nos solutions qui marchent. La spéculation immobilière, elle, ne pouvait rien donner de bon. C’est la cupidité qui a plongé le monde dans la crise. Les gens sont surpris lorsqu’ils voient qu’ici il n’y a presque pas de chômeurs et que tout le monde a sa propre maison. Mais c’est pourtant ça qui est normal. Ce qui n’a pas de sens, c’est ce qui se fait ailleurs. Et qu’on ne vienne pas me dire que notre expérience n’est pas transposable : n’importe quelle ville peut faire la même chose si elle le souhaite.”

 

L’aventure a commencé il y a trente ans, quand les habitants ont décidé d’appliquer à la lettre le slogan “la terre appartient à ceux qui l’exploitent” et de confisquer 1 200 hectares en friche appartenant au duc de l’Infantado – un coup de force qui a valu aux habitants de Marinaleda plusieurs années de lutte, de manifestations et de batailles judiciaires. “Le taux de chômage était très élevé, le peuple avait besoin de ces terres, explique le maire. Nous les avons utilisées pour construire l’usine de conserve de légumes qui fonctionne toujours et qui a presque permis d’éliminer le chômage. Cela a changé la vie de beaucoup de monde ici.”

 

Le système est simple : les habitants ont créé une coopérative qui ne redistribue pas les bénéfices. “On a tout réinvesti pour créer encore plus d’emplois. C’est aussi simple que cela. Chacun a ce qu’il lui faut pour vivre, et c’est tout.” Le salaire des travailleurs (“de tous les travailleurs, quel que soit le poste qu’ils occupent”) est de 47 euros par jour, six jours par semaine, à raison de six heures et demie de travail quotidien – c’est-à-dire 1 128 euros par mois. Mais, en regard, lesdits travailleurs n’ont pas beaucoup de dépenses, car ceux qui se sont inscrits au plan de logement de la mairie paient 15 euros par mois pour leur maison. “Les maisons sont construites sur des terrains municipaux. Celui qui fait la demande s’engage à construire sa propre maison, mais il est aidé par un chef de chantier et un architecte rémunérés par la mairie. Nous avons un accord avec le gouvernement régional d’Andalousie, qui fournit les matériaux. En deux ou trois ans, les travaux sont terminés, la maison appartient à celui qui l’a bâtie et il n’a plus qu’à payer 15 euros par mois.” Un prix dérisoire pour une maison de 90 mètres carrés qui peut être agrandie au fur et à mesure que la famille s’élargit.

 

Le plein emploi et les logements à prix imbattable sont probablement les aspects les plus visibles de la politique municipale, mais Marinaleda réserve d’autres surprises. Exemple : il n’y a pas de policier. “Nous en avions un, mais nous avons décidé d’économiser ce salaire quand il a pris sa retraite.” N’y a-t-il donc pas de délinquants à Marinaleda ? “Il n’y a pas de vandalisme, par exemple, parce que tout a été construit par les gens du village. Si un jeune ou son père ou un ami a installé un banc, il n’y a pas de raison de le dégrader ou d’y faire des graffitis, non ? Le fait que les budgets soient approuvés par tous contribue également à l’absence de délinquance”, poursuit-il.

 

La confiance de ses administrés, Sánchez Gordillo la doit peut-être aussi à sa gestion de la mairie. “Avant d’accepter le mandat, nous devons nous engager par contrat à toujours être les derniers à percevoir un quelconque bénéfice. C’est-à-dire que si nous décidons, lors d’une assemblée, d’attribuer de nouvelles maisons et qu’un élu en a besoin, il sera toujours le dernier sur la liste. Pour ce qui est de la rémunération, nous ne touchons rien du tout. Je n’ai jamais rien touché pour faire de la politique. Je suis enseignant et c’est de ce travail que je vis.”

 

Juan Manuel Sánchez Gordillo maire depuis 30 ans

"Les moissons de la révolte" de Richard HAMON et Allessandro STELLA - 2006 -durée : 52 mn

 

Une histoire de l'Espagne à travers la question de la terre :

70 ans après le coup d'Etat de Franco, les paysans Andalous demeurent soumis, pour une large majorité, à l'arbitraire des grands propriétaires terriens : ils sont, aujourd'hui encore, engagés comme journaliers, ce qui signifie pour eux misère, précarité, soumission et parfois révolte. Au

temps de la République, en 1933, les paysans Andalous s'étaient soulevés, la réforme agraire que la République avait promise ne voyant pas le jour.

A Casas Viejas, après une révolte, 22 journaliers furent massacrés par la garde civile, pour l'exemple. Et comme le dit Abel Paz « L'Espagne toute entière est devenue Casas Viejas ».

A Casas Viejas, la mémoire de ce massacre reste vive. Et si l'injustice règne toujours dans les champs, certains paysans se sont organisés pour travailler autrement. Ils ont conquis des terres sur les domaines de grands propriétaires, fondé des communes agricoles et crée des coopératives. De façon pacifique, par une lutte quotidienne et en faisant appliquer la loi. Ils ont parachevé l'idéal égalitaire, pour lequel avaient lutté leurs parents, au temps de la République et de la guerre civile.

A Marinaleda, selon les slogans peints sur les murs, « l'utopie égalitaire est en marche ».

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Notre histoire

21 Décembre 2011 , Rédigé par groupe Proudhon FA Publié dans #groupe Proudhon - FA

Le 21 décembre 1944, en France, reparution du journal "Le Libertaire". Ancêtre du Monde libertaire hebdomadaire de la Fédération anarchiste

 

 libertaire_96.jpg

                      En-tête du numéro 51 du 31 octobre au 5 novembre 1896

Le 16 novembre 1895, à l'initiative de Sébastien Faure et de Louise Michel, sortie en France du premier numéro du journal "Le Libertaire" (titre emprunté au journal que Joseph Dejacque publiait à New-York entre 1858 et 1861). Le journal cessera sa parution le 1er août 1914 (avec le début de la guerre). Une tentative pour le sortir clandestinement en 1917 se soldera par la condamnation de plusieurs compagnons et la saisie du journal. Il ne ressortira que le 26 janvier 1919. Il s'arrêtera de nouveau avec la guerre, en août 1939, et reprendra sa parution le 21 décembre 1944.
"Je fonde un journal. Depuis longtemps j'en avais le désir: l'effet de la parole est mathématiquement limité aux proportions d'une salle. Véhiculée par le papier, l'Idée ne connaît pas ces étroites limites. Le journal est une sorte de phonographe auquel on peut faire indéfiniment répéter le son qu'il enregiste."
Extrait du premier numéro.

Source:

http://www.ephemanar.net/

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Contre les CRA

19 Décembre 2011 , Rédigé par groupe Proudhon FA Publié dans #contre les expulsions

retention2.jpgCe samedi 17 décembre 2011, le groupe d'artistes Art112 déposait, sur la place du Parlement à Bordeaux, les clés pour ouvrir le centre de rétention administrative de Bordeaux.

 

Ce centre de rétention administrative (CRA) avait brûlé le lundi 19 janvier 2009,

puis réouvert au même endroit au sous-sol du commissariat central de Bordeaux,

il peut retenir jusquà 20 hommes, quand femmes et enfants sont enfermés au CRA

de Toulouse. L'inauguration du centre fut d'ailleurs le premier acte du nouveau Préfet

de gironde, M. Stefanini, le 2 mai 2011, geste symbolique de celui qui est qualifié

de « théoricien du Ministère de lIdentité Nationale »

 

 

L'action artistique s'est faite en collaboration avec le Cercle libertaire Jean Barrué

qui a distribué une feuille aux passants interpellés par l'oeuvre pour leur donner

quelques clés et matières à réflexion.

 

 

C'était l'occasion de demander la fermeture de ces centres et larrêt des politiques

du chiffre pour les remplir menées avec plus ou moins de zèle par les

gouvernements successifs depuis trop longtemps. Nous défendons que la

liberté de circulation des individus sur la planète ne met personne en danger,

c'est même parfois un acte vital pour les migrants et l'empêcher peut être meurtrier.

 

Cette collaboration avec le groupe d'artistes Art112 s'est d'abord manifestée par une interview dans l'émission du cercle, Achaïra, sur la Clé des Ondes le jeudi 24 février 2011. Vous pouvez retrouver cette émission sur notre site : http://cerclelibertairejb33.free.fr/?p=929

 

Art112 fait depuis longtemps des évènements comme celui de ce 17 décembre 2011, et dans diverses villes. On peut retrouver en photos leurs interventions sur leur site : http://www.art112ism.org

 

 

Cela a donné loccasion au quotidien local de relater lévènement sous le titre « Les clés du centre de rétention , surprenante performance du collectif Art 112 » : http://www.sudouest.fr/2011/12/18/les-cles-du-centre-de-retention-584525-2780.php

 

Les clés sont restées sur la place du Parlement de 13h jusque dans la nuit, visibles des passants qui n'étaient pas obnubilés par leurs achats de Noël.

 

Bientôt sur le site du cercle avec le tract et quelques minutes de vidéo.

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Tahrir russe

18 Décembre 2011 , Rédigé par groupe Proudhon FA Publié dans #luttes sociales

poutine.jpgCe texte de Mikhail Magid est adressé aux anarchistes russes mais il nous semble intéressant de le traduire en français car, à notre avis, il reflète bien l’ambiance qui règne aujourd’hui en Russie et les questionnements qui se posent aujourd’hui devant les anarchistes russes.

 

 

Tahrir russe

D’où ça vient ?

J'ai remarqué que tous les militants politiques, tous ceux qui étaient actifs ces dernières années, commencent à se demander les uns les autres : mais qu’est-ce qui se passe ? Comment se fait-il que la société russe, si apolitique, absolument non encline à protester, s’est soudainement soulevée ?

L’indifférence politique qui durait depuis 15-20 ans s'est terminée. Elle a pris fin rapidement, soudainement, de façon inattendue. Comment expliquer ça ? Bien sûr, en Russie, il y a des problèmes fondamentaux, ils ont certainement un impact sur la situation dans le pays. On peut parler de la pauvreté d’une grande partie de la population (surtout en province)… Mais, aujourd’hui, c’est Moscou qui se rebelle, la ville la plus riche de la Russie. On peut évoquer la corruption, mais elle existe déjà depuis longtemps. On peut parler de la crise économique mondiale qui affecte également la Fédération de Russie, mais la situation n'est pas aussi difficile qu'en 2009 ... Dans la recherche de réponses, je suis allé sur la place de Triomphe...

"La jeunesse mène la danse"

Il est intéressant de voir des milliers de jeunes, essentiellement des étudiants, dont beaucoup ont participé pour la première fois dans les actions et manifestations. Beaucoup sont venus par groupes. (…) En fait, l'ambiance sur place est plutôt gaie, les gens sont un peu excités, les jeunes ont clairement pris plaisir à la participation à ce meeting, il y a des émotions et de l'adrénaline. (…)

Aujourd’hui, le mécontentement couvre divers segments de la population. Sans doute, ce sont les élections qui en ont joué le rôle important : d'abord, des publicités ennuyeuses, puis les falsifications trop évidentes, trop flagrantes. Le fait que Poutine s’est fait sifflé à l’Olympique (1) (grand centre sportif à Moscou, NdT) a également joué un certain rôle : il semble que c’est ce sifflement qui ait fait éclater un barrage d’obéissance et de silence (ces «bouuuu" et sifflets sont maintenant devenus symboles de la protestation). Mais c’est la jeunesse étudiante qui sort sur l’avant-scène : une nouvelle génération qui était élevée dans une relative stabilité politique et sociale. Ils n'ont pas peur des cataclysmes sociaux, parce qu’ils ne se souviennent pas des années 90, mais la dictature d’un vieillissant colonel les irritent visiblement. Ils veulent des changements. En outre, le système politique et économique corrompu crée très peu d’ascenseurs sociaux pour eux, et les réformes d’éducation ne mènent à rien de bon. Soudain, la Russie est confrontée à la révolte des jeunes, des étudiants. Bien sûr, ce mouvement n’est pas aussi radical que celui des années 1968 -1977 en France et en Italie, mais c’est déjà quelque chose. 5-10 mille de participants aux manifestations à Moscou pendant deux jours d'affilés est une situation impensable dans le passé récent.

En cas de nouvelles protestations, d’autres groupes sociaux et forces politiques commenceront à s’y impliquer en influençant sans doute le cours d’événements et les slogans des manifestants.

Les différentes forces

Si les manifestations continuent, ils vont inévitablement attirer toutes les forces hostiles au régime. Hier, un groupe de nationalistes est apparu lors du meeting. La presse écrit qu'ils tentaient de se battre avec les « Nashi » (sbires de Poutine, une jeune branche du parti « Russie unie »), et ont même jeté sur ces derniers des torches enflammées, mais je ne le voyais pas. Une fois, j’ai entendu des slogans "Russes en avant", mais à cause du bruit général et des sifflets, on ne pouvait pas dire qui l’a crié (A noter que certains manifestants ont tenté de résister aux « Nashi », quand ceux-ci ont forcé, rangs serrés, avec le battement des tambours, sur la foule.) (…) J’ai également aperçu des trotskystes distribuant leurs journaux.

Les anarchistes et Tahrir russe

C’est peu probable que dans un proche avenir aura lieu un vrai Tahrir russe : l'ampleur des protestations n’est pas encore la même. Mais pour toutes les forces politiques d'opposition, il est évident qu'elles ne peuvent pas se tenir à l'écart. Les jeunes venus au meeting sont prêts à discuter, à débattre. Hier, dans la foule, se sont spontanément formés, un peu partout, de tels points de discussion. D'autre part, spontanément, il y règne les humeurs démocrates. Les gens parlent au sujet des élections, de la corruption. Mais cela ne signifie pas qu'on ne peut pas discuter avec eux.

Nous pouvons et nous devons discuter, propager les idées du socialisme anti-autoritaire (libertaire) et international. Pour le moment, il n’y a pas d’autre révolution pour nous. En tout cas, travailler avec le "Tahrir russe" et différents mouvements est assez productif. Cette stratégie serait plus utile que de rester chez soi, dans l'espoir que «le prolétariat lui-même va faire une révolution auto-organisé», ou de jeter des bouteilles avec des cocktails Molotov dans les commissariats de police.

Cette stratégie n'implique en aucun cas aucune alliance avec les libéraux-démocrates ou avec des socialistes autoritaires (bolcheviks, sociaux-démocrates). Etre dans la foule avec quelqu’un ou collaborer avec lui c’est très différent. Sinon, nous commencerons à penser que, en 1905 ou en 1917, les anarchistes n’auraient pas dû aller à des rassemblements de masse et de prendre la parole là-bas, parce qu'il y avait les bolcheviks et les cadets.

Au contraire, si nous allons à ces actions c’est afin d’y défendre notre ligne, pour mener une campagne en faveur de nos idées. Il est inacceptable de faire des actions communes, par exemple, avec des léninistes ou avec des social-démocrates du Vpered (En avant) et d'autres groupes semblables, sinon les masses ne comprendront jamais toute la spécificité des socialistes anti-autoritaires (des anarchistes et communistes à gauche) et en quoi elles diffèrent des socialistes autoritaires.

Bien sûr, si les flics commencent à arrêter et tabasser des gens manifestant pacifiquement sur la place, vous essayez de résister avec tout le monde, mais ça c’est autre chose.

En menant notre campagne, nous devons souligner la nécessité pour les masses de décider par elles-mêmes ce dont elles ont besoin, insister sur leur capacité de bloquer les actions du pouvoir et, dans la même mesure, du business (les libéraux n’en parlent pas). Il faut parler de la pauvreté de la majorité de la population et que les libéraux-démocrates ne seront jamais capables de résoudre ce problème (parce qu'ils ont déjà été au pouvoir dans les années 90 et que nous avons donc une expérience pratique de leurs idées). Il faut parler de l'inadmissibilité du remplacement des oligarques de Poutine par d’autres, parce que « les deux sont pires ». Il faut parler de l'alliance des gens de différentes nationalités qui se forme dans la lutte (la division ethniques profite uniquement au pouvoir). Enfin, il faut dire qu’il est inadmissible de restaurer le bolchevisme qui est aussi une dictature et un système d'exploitation.

Où on va

 

Si les résultats des élections reflètent, dans une certaine mesure, les résultats réelles, il s'avère que les grandes villes sont fortement opposés au Poutine-Medvedev, d’autres s’y opposent à cinquante-cinquante. Il y a une opinion (que certains sociologues partagent) que les grandes villes vont, en général, en avant et définissent la tendance du pays. Si c’est vrai, cela signifie que les humeurs dans la province sont en train de changer et vont changer. Ce processus peut être accéléré par de nouvelles élections présidentielles : la publicité de Poutine et de nouvelles falsifications vont irriter la population de plus en plus. Peut-être, les élections du président rassembleront des centaines de milliers des manifestants et non seulement à Moscou. Mais ce sera un long marathon sans issue prévisible à l'avance. Une "révolution arabe" russe ? Ça peut être elle.

On a ici le grand processus qui ne se limite pas à la Russie, il y a une vague révolutionnaire mondiale provoquée par la crise économique mondiale et l'épuisement des masses par le capitalisme néolibéral, qui, partout dans le monde, conduit vers l’accroissement de l'inégalité sociale, de la criminalité, de la pauvreté, vers la formation des dictatures (car il n'y a pas d'autre moyen pour contrôler la société pillée.)

Il n'existe aucun moyen pour éviter une révolution mondiale, se cacher de ce fait-là, bien que personne ne garantisse sa victoire. Nous ne sommes que des pions dans ce mouvement grandissant. Je vois cette vague avec un sentiment presque mystique. Même Navalny (2) n’est qu’un petit agent de changement, il ne fait que commencer à monter sur la crête d’une vague et rien de plus.

Cependant, la nouvelle révolution russe ne sera probablement ni socialiste, ni libertaire. Jusqu'à présent, dans la société, l’opposition est déterminée par deux tendances : démocrate-libérale et ethno-nationaliste. Ces éléments commenceront à s’ajuster les uns aux autres. Peut-être, ils s’uniront, dans une certaine mesure, grâce à Navalny, leader de l'opposition le plus populaire, participant régulier à la fois des rassemblements démocratiques et des marches russes (manifestation annuelle de l’extrême droite en Russie, NdT). Cela signifie que l'énergie de la protestation sociale ira dans un mauvais sens, conduira à la seconde édition des années 90. Certains oligarques seront remplacés par d'autres, avec une seconde édition d’Eltsine, en tête.

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Les anarchistes et communistes de gauche ne peuvent pas actuellement avoir un impact majeur sur le processus révolutionnaire. Mais ils peuvent désormais utiliser le redressement social et les protestations pour fortifier leurs propres rangs et pour augmenter leur influence sur les masses. Mais pour ce faire, il faut, premièrement, participer aux événements, deuxièmement, se distinguer clairement de toutes les forces hostiles au socialisme anti-autoritaire (les démocrates, nationalistes et bolcheviks), et, troisièmement, il est nécessaire d'apprendre à parler aux gens et agir dans les conditions d’un vrai mouvement de masse.

Mikhail Magid

publié le 7/12/2011, http://shraibman.livejournal.com/739704.html

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(1) (NdT) Poutine s’est fait sifflé par le public, lors de sa prise de parole après la victoire de Fedor Emelianenko contre Jeff Monson (combats « free fight »). Voici cette vidéo qui a été regardé par beaucoup de russes : http://www.bloodyelbow.com/2011/11/26/2587629/vladimir-putin-booed-video-mma-russia-fedor-emelianenko-vs-jeff-monson

(2) (NdT) Une des personnes les plus connues parmi les opposants libéraux en Russie, en partie, grâce à son blog. Connu pour sa critique virulente de la corruption et du parti de Poutine « Russie Unie ». Pour plus de détail, voir l’article dans le Monde http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/12/07/l-encombrante-popularite-du-blogueur-alexei-navalny_1614261_3214.html Il a aussi un autre visage, celui d’un nationaliste qui vient à chaque marche russe (manifestation annuelle de l’extrême droite en Russie) : http://sidosido.livejournal.com/3902.html

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www.anarchisme2012.ch

18 Décembre 2011 , Rédigé par groupe Proudhon FA Publié dans #groupe Proudhon - FA

Aux organisations, groupes, collectifs et individus intéressés-es

 

Chers et chères compagnons-agnes, cher-es camarades,

 

Du 9 au 12 août 2012, aura lieu une Rencontre anarchiste internationale à St-Imier (Suisse romande) pour la commémoration des 140 ans du congrès de la Première Internationale anti-autoritaire qui fut organisé en 1872.

 

Jusqu’ici, les organisations qui ont porté et animé cette importante échéance sont : la Fédération anarchiste (FA), l'Internationale des Fédérations anarchistes (IFA), la Fédération libertaire des montagnes (FLM), l'Organisation socialiste libertaire (OSL) et Espace Noir.

L’IFA tiendra son propre congrès à St-Imier à l’occasion des Rencontres internationales. Il en est probablement de même pour les organisations fédérées dans Anarkismo. La Coordination anarcho-syndicaliste Rouge et Noire sera également présente.

 

Ces Rencontres internationales sont ouvertes et portées par différentes composantes du mouvement libertaire international :

·         1) l'Internationale des Fédérations anarchistes (IFA)

·         2) Anarkismo

·         3) la Coordination anarcho-syndicaliste rouge et noire (CGT-Es, CNT-Fr, SAC-Suède, etc.)

·         4) l'Association internationale des travailleurs (AIT)

·         5) les Industrial workers of the world (IWW)

·         6) les collectifs et organisations indépendantes de ces regroupements internationaux

 

La Rencontre internationale est ouverte à tous regroupements agissant au niveau international, national, régional ou local ainsi qu’aux individualités sur la base d’une adhésion à la déclaration « Saint-Imier 2012 ».

 

Cette Rencontre entend assurer un dialogue exigeant et structuré autour, et à partir, de l’idée que l’anarchisme est une politique générale, cohérente, animatrice et actrice des luttes populaires, basé sur un socle théorique identifiable et un enrichissement permanent.

 

Pour compléter cela, nous pourrions dire que l’anarchisme est capable d’une politique complexe liée à des propositions stratégiques, à des objectifs intermédiaires, à un projet général d’alternative autogestionnaire, libertaire, fédéraliste et d’écologie sociale.

C’est à partir de cette orientation générale que nous avons proposé et mis en place une structuration de la Rencontre de St-Imier en quelques moments politiques forts, communs à tous les groupes qui y participeront.

 

Ces moments sont :

·         a) Table ronde sur « Anarchisme et innovation politique » : capacités de l’anarchisme contemporain à innover et à affronter des situations politiques plus complexes que celles de sa première période historique face au fascisme, aux régimes autoritaires ; face aux défis environnementaux, écologiques ; face aux mutations économiques et sociales (accent mis sur l’apport de Malatesta, Fabbri, Berneri, Abad de Santillan, Daniel Guérin).

·         b) Table ronde sur « Nouveaux territoires de l’anarchisme, implantation ou réimplantation de l’anarchisme en Afrique, en Asie et en Amérique Latine »

·         c) Table ronde sur « Faire l’anarchisme aujourd’hui », sur les pratiques et interventions militantes intéressantes ou exemplaires, notamment en Europe et dans les pays anglo-saxons.

·         d) Table ronde sur « Les alternatives anarchistes en actes » et comment articuler les expériences alternatives au projet et luttes révolutionnaires.

·         e) Table ronde sur « La crise de la dette, les politiques d'austérité et les résistances sociales et populaires ».

·         f) Un meeting final de clôture de St-Imier avec adoption, si possible, d’une résolution politique commune.

Un meeting d'ouverture sera organisé afin de présenter le Congrès de St-Imier de 1872 et ce qu'il a représenté pour l'anarchisme international.

Un banquet final public ouvert à l'ensemble de la population locale est aussi prévu.

 

Nous prétendons sortir de St-Imier avec un renforcement des liens d'unité et de fédération aussi importants que possible pour les camarades présent.e.s

Nous avons l'ambition de construire un échange politique systématique ; cerner, définir et approfondir les convergences ; définir politiquement et théoriquement les désaccords ; étudier les projets de collaboration.

Sur cette base, hormis le meeting final, les tables rondes feront chacune l’objet d’un document de bilan aussi précis que possible que chaque collectif utilisera par la suite à sa convenance.

Les groupes présents seront naturellement libres d’établir les collaborations et les associations qu’ils jugeront bons.

Il ne s’agira pas de vouloir, à tout prix, prolonger St-Imier, mais bien d’en exploiter toutes les potentialités d’événements.

 

St-Imier va aussi avoir une importance matérielle et symbolique par le nombre de camarades que cette initiative va drainer. Être des milliers à débattre, à décider, à ouvrir des collaborations et de libres associations est une énorme richesse.

Plus nombreux seront les mouvements de l’anarchisme social organisé à cette Rencontre et davantage sera renforcé la capacité d’animer, en un sens cohérent, exigeant et ouvert, l’intervention libertaire dans les luttes et l’organisation des résistances.

 

À chaque groupe, nous proposons la libre association sur la base d’un accord et, pour autant que les conditions matérielles le permettent, d’une contribution financière et dune participation active des personnes militantes selon la taille des organisations (300, 600, 1000 euros). L'entrée au planning des journées et la visibilité offerte dans la communication en dépendront.

Fin mars 2012, cette proposition de libre association sera close, en principe, afin de se focaliser sur la logistique de l'évènement.

 

D’ores et déjà, outre les inscriptions, nous demandons à chaque collectif de nous préciser la l'investissement qu’il pourrait apporter à ces journées :

 

·         Proposition de conférences, ateliers, animations. (ateliers-conferences@anarchisme2012.ch)

·         Traductions

·         Mise à dispositions de matériel d’infrastructure (cuisines collectives roulantes).

·         Compétences techniques pour l’organisation du village autogéré.

·         Militant-e-s pouvant être sur place un peu avant et durant la Rencontre pour assurer l’organisation et le fonctionnement des services de base (volontaires@anarchisme2012.ch)

 

L’organisation interne pour la préparation de la Rencontre internationale fonctionne avec des groupes de travail et un comité d’organisations. On peut s’y associer à tout moment.

 

ANARCHISME 2012 ST-IMIER,

 

www.anarchisme2012.ch

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Des prières contre une pièce de théâtre

17 Décembre 2011 , Rédigé par groupe Proudhon FA Publié dans #Anti-fascisme

LETTRE ATHEISME.ORG

13 DÉCEMBRE 2011

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o A Paris, nouvelle manifestation de l'extrême droite catholique contre le blasphème et la christianophobie

L'extrême droite catholique a de nouveau défilé à Paris le 11 décembre 2011 contre le blasphème, la christianophobie, la liberté de création et, de façon plus générale, une modernité qui l'a laissée figée dans l'Ancien Régime. De la place de l'Alma aux abords du Théâtre du Rond-Point, une cohorte de catholiques réactionnaires ont prié et chanté à la gloire d'un panthéon trinitaire absent. Curés en soutane, individus masqués déjà repérés lors de la manifestation précédente du 29 octobre, jeunes gens bien habillés et bien coiffés, drapeaux, prières, chants religieux, agenouillements, tout y était.  
De plus, la hargne envers les journalistes, l'agressivité idéologique, l'appel au lobbying, l'exécration de la liberté individuelle, la chasse au démon et l'exorcisme ont rappelé que l'obscurantisme et le totalitarisme demeurent inhérent au christianisme. Le compte rendu très détaillé avec de nombreuses photos :
http://atheisme.org/christianophobie2.html

o Le 8 décembre, des prières contre une pièce de théâtre

Le 8 décembre, c'est la fête de l'Immaculée Conception. Mais le 8 décembre 2011 est aussi la date de la première représentation au Théâtre du Rond-Point à Paris de la pièce Golgota picnic de l'argentin Rodrigo Garcia, et l'extrême droite a multiplié les protestations contre ce spectacle qu'elle considère blasphématoire et christianophobe. Avant le début de la pièce, à lappel du collectif Culture et Foi, une cohorte de croyants se sont rassemblés devant le théâtre, avant de se disperser dans le calme. A quelques dizaines de mètres, une cinquantaine de personnes assuraient le théâtre de leur soutien à la programmation de la pièce. Mais l'essentiel de l'activité de la soirée eut lieu à la cathédrale Notre-Dame pour une veillée de prières contre l'affront fait à JC par la pièce jouée au Théâtre du Rond-Point. Le plus fameux temple parisien de la superstition catholique était comble : hormis la mort d'un pape, on voit rarement autant de croyants dans une église. L'archevêque Vingt-Trois a délivré un sermon sur l'amour de JC et autres fadaises avant une désopilante curiosité du catholicisme parisien avec la vénération de la couronne d'épines : http://atheisme.org/golgota-picnic.html

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