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La Tunisie révolutionnaire et anarchiste.

26 Janvier 2012 , Rédigé par groupe Proudhon FA Publié dans #groupe Proudhon - FA

tunisie-1.jpg           Interview d'un copain tunisien

   La Tunisie révolutionnaire et anarchiste.

 
En décembre dernier, nous avons rencontré des militants anarchistes

tunisiens. L'objectif de cette rencontre était triple : - présenter la

Fédération anarchiste, - aider à l'émergence d'un mouvement anarchiste

organisé en Tunisie, - tisser des liens et organiser la solidarité

concrète avec les militants anarchistes tunisiens.

Nous en avons profité pour leur poser quelques questions. Voici donc une

première livraison.

 
Le Monde Libertaire) Peux-tu te présenter ?
 
Azyz) Je m'appelle Azyz Amami, 28 ans, activiste tunisien, semi-écrivain et
ingénieur en informatique.
 
ML) Comment as-tu participé à la révolution ? Qu'est-ce qui te semble le
plus intéressant aujourd'hui ?
 
A) . Depuis l'âge de 17 ans, je me suis trouvé en support continu aux luttes
sociales, depuis que j'avais organisé une grève au lycée qui m'a value une
arrestation et trois jours de torture brutale. Depuis, j'ai essayé d'être
dans toutes les grèves, sauvages ou encadrées, ouvrières et estudiantines,
ce qui m'a permis de bâtir une certaine expérience et d'avoir un large
réseau de connaissances. Lorsque les événements ont commencé à Sidi Bouzid
(étant originaire d'un village de Sidi Bouzid) je me suis chargé un
premier moment de relayer l'info sur Internet, infos recueillies de
personnes que je connais, dont plusieurs syndicalistes. Le fait que je
suis actif sur Internet (j'ai co-organisé les protestations contre la
censure du web avec d'autres blogueurs et cyberactivistes, étant basé sur
l'approche du modèle TAZ, ce qui m'a permis une certaine notoriéé) a
permis à plusieurs de suivre le cours des événements, et m'a permis en un
premier temps de faire de la propagande anti-gouvernementale, et un second
temps d'organiser les manifs à Tunis, du 25/12/2010 et celle du
27/12/2010, ou j'ai dû balancer de faux documents de l'UGTT (syndicat)
appelant à manifester et à la grève. Puis avec Slim Amamou, on a eu l'idée
de faire un "harcélement" sur les channels de Anonymous pour les inciter à
faire une opération spéciale en Tunisie, ce qui a marché. Arrêté le
06/01/2011 au ministère de l'Intérieur, emprisonné le 10/01/2011 pour 5
ans, j'ai été relâché par Ben Ali le soir du 13/01/2011, où j'ai
directement participé à l'appel de la grève générale du 14/01/2011 et puis
à la manif le lendemain. Après, j'ai changé de discours affichant mon
soutien au mouvement libertaire et à l'autogestion en tant que mode
sociétal souhaité. Depuis je continue le même travail.
Ce qui me semble le plus important et intéressant aujourd'hui, c'est de
connaître au détail près les conditions sociales du peuple tunisien, de
faire un travail de base sur les ouvriers et marginalisés pour commencer à
appliquer des expériences d'autogestion et attaquer le capitalisme
naissant, de faire des études socio-politiques, anthropologiques et
culturelles révolutionnaires, et de penser de nouvelles solutions plus
liées à la réalité. Et aussi il me semble important de travailler avec
tous les révolutionnaires de tout bord, s'échanger des conseils, aller
refaire une même forme de travail réussi ailleurs.
 
ML) Quelle est la situation économique et politique en Tunisie, un an
après la fuite de Ben Ali ?
 
A) . La situation économique reste fondamentalement la même, un Etat fiscal,
une semi-féodalité dans le secteur de l'agriculture, des oligarchies
nationales se partageant les grands secteurs de l'artisanat et de
l'entrepreunariat (centralisé sur les côtes car toute production est
évidemment destinée à se vendre ailleurs), le secteur industriel étant
"loué" ou délaissé pour les capitalistes occidentaux. La situation
politique tend vers une partitocratie qui cherche une formulation de la
démocratie bourgeoise représentative.
 
ML) Quelles sont tes craintes par rapport à l'évolution de la société et
de l'élection du gouvernement Nahdha ?
 
A) . Je crains juste que l'ignorance s'installe de manière fondamentale. La
politique est appliquée selon le modèle comportemental des hooligans de
foot, tandis que les rapports de production ne sont toujours pas en train
de bouger. Le "mendicisme" qui devient de plus en plus la base de
protestation (solution facile pour les partis n'ayant pu accéder au
pouvoir) réconforte l'attachement à l'Etat grand et suprême fournisseur de
solutions de vie. Il est important d'impliquer les gens pour qu'ils
récupèrent leurs droits au lieu de les mendier. Quant au gouvernement
Nahdha, il ne suscite rien de vraiment spécial pour moi, vu que d'ores et
déjà tous les partis sont économiquement libéraux et fondamentalement
autoritaires. La Nahdha, par sa continuation de la politique des
"colonisés par intérim" ne pourra pas toucher aux "privilèges bourgeois",
bien au contraire elle les protégera pour avoir sa bonne note, et des
états occidentaux, et des oligarchies monétaires tunisiennes.
 
ML) Y a-t-il encore des luttes sociales, syndicales en Tunisie ? Quelles
sont les perspectives pour un mouvement anarchiste ou syndicaliste
révolutionnaire ?
 
A) . Les luttes sociales n'ont pas cessé, elles sont juste en train de se
répéter sans but précis, mis à part protester en soi et l'utilisation par
des partis de ces protestations pour des fins politiques, et par d'autres
pour des fins de "show du misérisme". Cependant il y a des lieux où la
lutte est encore plus pensée et radicale, comme à Gafsa ou Manzel
Bouazyene, ou Jebeniana. Pour ce qui est du syndical, le problème est dans
la rupture organique entre "syndicalistes de base" et "syndicalistes
officiels", rupture qui a un peu disparu du 08/01/2011 jusqu'au 27/02/2011
et qui a repris après. Les syndicalistes de base n'ont aucune influence
sur leurs supérieurs, le contraire n'est pas vrai cependant. Il y en a
pleins qui font du bon travail, mais le mouvement ouvrier actuellement
sombre dans des petites demandes sans toucher aux fonds des problèmes.
A mon avis, il est temps de se joindre aux ouvriers, de travailler avec
eux, de former un réseau de syndicalistes de base capables de lever le
véritable problème de l'exploitation.
 
ML) Quels sont tes projets militants ?
 
A) . Ce que je compte effectuer, c'est trois projets : l'un de caractère
intellectuel qui comporte un journal humouristique anti-autoritaire, le
travail avec de nouveaux musiciens jeunes pour créer une musique
contestataire populaire (au vrai sens du terme), le travail de recherche
et d'études via un centre d'études sociales. Le second projet étant de
participer à instaurer la première expérience autogestionnaire réfléchie
dans des usines et des champs. Le troisième est la mise en place d'un
groupe "anti-salaf" qui aura pour première tâche de se manifester et faire
le "show d'existence" à chaque fois que les salafs se manifestent pour
faire leur show d'existence. Ce sont mes projets pour l'année 2012 et je
compte bien y avancer.
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