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« grèver plutôt que de céder »

22 Avril 2010 , Rédigé par groupe Proudhon FA Publié dans #Communiqués

Six mois déjà, les grévistes sans papiers sont toujours là !

 

Ca fait 200 jours ! Et 200 nuits que plus de 6 000 salariés sans papiers sont en grève pour obtenir le seul papier qui leur manque pour être reconnus pour ce qu'ils sont, des travailleurs comme les autres. Que n'a t-on dit sur ces personnes qu'on ose encore appeler des clandestins. Ils envahissent la France dit-on ? Mais ils sont là depuis des années ! Ils apportent leur misère et celle de leurs proches ? Mais on n'arrête pas de nous dire que la mondialisation a ouvert toutes les frontières ! Ils viennent pour profiter des allocations et autres bienfaits de « notre » protection sociale ? Mais sans rechigner, elles et ils travaillent sans en avoir aucun des bénéfices et transferts puisque pour l'administration ils n'existent pas ! Ils prennent le travail des « Français » ? Mais elles et ils ne prennent le travail de personne, elles et ils occupent les emplois dont personne ne veut ! Ils profitent des services publics au même titre que ceux qui payent des impôts ? Mais ils payent des impôts quand ils sont déclarés, et ne demandent que ça d'en payer si on les rétablissait enfin dans leurs droits de salariés !

 

Cette grève déterminée, puissante, unitaire a contribué à changer la donne politique sur les migrants. Déjà, la situation avait bougé grâce au combat opiniâtre que mène le RESF pour que l'intérêt supérieur des enfants, conformément à la Cide, prime sur tout autre texte réglementaire. Et personne après personne, père après mère, les militantes et les militants du réseau font avancer les solidarités contre les iniques et régressives politiques d'immigration.

 

Grâce à eux, grâce à ces grévistes et à ces militants solidaires, quatre batailles essentielles ont été gagnées ou sont en passe de l'être. La première est celle de l'opinion publique. Aujourd'hui l'image de l'immigré a changé : ce n'est plus celle du profiteur de la sécurité sociale, c'est celle du travailleur qui bosse dur, très dur, qui est une partie intégrante de cette France qui se lève tôt, très tôt. Elles et ils travaillent pour faire vivre leur famille dans des conditions certes précaires, mais dignes et courageuses. La deuxième est celle de la place sociale : ce sont des travailleurs comme les autres, qui vivent comme les autres, ce sont pour ainsi dire des travailleurs « de souche » et tout le reste n'est que phantasmes et xénophobie. La troisième est celle des droits du travail égaux pour tous. Car ce qu'elles et ils combattent est le déni qui leur en est fait. Il s'agit d'une discrimination caractérisée : alors qu'ils sont suffisamment salariés pour être payés, subordonnés à un contrat, il ne leur manque qu'un seul papier, le titre de séjour qu'au nom d'une imbécile régulation des flux migratoires, le gouvernement leur refuse, alors qu'elles et ils sont là depuis des années. La quatrième enfin est celle de la citoyenneté, car par leur grève elles et ils ont montré leur capacité à prendre position, à agir au sein d'un mouvement collectif, à apparaître au grand jour pour lutter et affirmer une opinion.

 

La grève a donc démontré publiquement qu’en refusant la régularisation de tous les travailleurs sans papiers, déclarés ou non, c'est le gouvernement et lui seul qui organise la clandestinité. Tout le monde sait que des secteurs entiers fonctionnent uniquement ou quasi en recourant à ces salariés, dans le bâtiment, la restauration, la manutention, le nettoyage, l'aide à la personne et même la sécurité, alors que ces derniers devraient posséder une autorisation préfectorale d'exercice ! Et pendant des années, le gouvernement s'est contenté, avec l'assentiment des différents patronats, de gérer une situation cachée. Mais aujourd'hui, ce n'est plus possible, les tensions sont trop fortes et la demande d'emplois stables dans ces secteurs va grandissante. A tel point que des organisations d'employeurs demandent au gouvernement de sortir de son immobilisme et de l'hypocrisie. C'est le sens de l' « Approche commune » adoptée, avec l'accord des associations partenaires du G 11,  par les organisations syndicales qui soutiennent la grève, et certaines organisations patronales. C’est incontestablement un résultat de la grève que cette avancée.

C'est pourquoi, comme le disent les grévistes eux-mêmes, la tâche de l'heure est de « grèver plutôt que de céder ». Puisque ça craque, ce n'est pas le moment de faiblir.

 

On entend encore dire ici ou là que ce n'est pas une lutte efficace, qu'il s'agit d'une régularisation par le travail, et que l'on est loin de la régularisation de tous les sans-papiers... C'est une position bizarre que celle-ci qui revient à préférer les incantations sans résultat, aux résultats sans incantation ! Les parents sans papiers d'enfants scolarisés se battent pour leur cas ? Nous les défendons. Des salariés sans papiers se battent pour leurs droits de travailleurs ? Nous les soutenons. Des demandeurs d'asile d'Afghanistan ou de Tchétchénie sont sur le point d'être déboutés ? Nous les aidons. Au bout du compte et du combat, quand nous aurons aidé à la régularisation de tous les salariés sans papiers, déclarés ou non, quand nous aurons imposé le maintien de tous les parents d'enfants scolarisés, et qu'enfin nous aurons réussi la demande d'asile de tous les demandeurs, on peut penser que nous ne serons pas très loin de l'adéquation entre les grands principes et les histoires individuelles.

 

Il est vrai que cette lutte est difficile et que la stratégie choisie est dure à tenir au long cours. Les besoins de grévistes sont énormes et tous les jours la même question se pose : comment tenir ? Ici ou là, il est dit que le moment est venu de déposer les dossiers des grévistes en préfecture pour obtenir leur régularisation. Il convient dès lors de savoir s'il s'agit d'une stratégie nouvelle, ou de l'effet de la lassitude, légitime au bout de tant d'efforts. Notre avis est qu'il ne peut s'agir d'une nouvelle stratégie, tant elle est synonyme d'échec collectif. Nous nous battons pour qu'un texte réglementaire stable, constant et égal pour tous permette la régularisation de tous les salariés sans papiers. On ne nous fera pas croire qu'il existerait un raccourci qui permettrait d'obtenir la même chose en quittant de fait la lutte, sauf à parier que ça va marcher pour quelques centaines d'entre eux. Il est même possible que ça plaise au gouvernement qui voyait, dixit Besson, un millier de régularisations possibles... Autrement dit, il ne s'agit pas d'une stratégie alternative. Quelqu'un pense-t-il raisonnablement que des régularisations seront accordées sur la base de la circulaire du 24 novembre ? Allons alors jusqu'au bout du raisonnement. S'agit-il de penser que la régularisation des seuls grévistes est possible en l'absence de la possibilité réglementaire de régularisation de tous ? La formuler ainsi, c'est déjà répondre à la question : impossible. A moins de renoncer non seulement aux grands principes mais aussi au cas par cas... parce que ça ne marchera pas. Au bout de l'analyse, il ne reste que le sentiment de l'échec : organiser aujourd'hui individuellement le dépôt en préfecture des dossiers des grévistes, c'est siffler la fin de la grève. La LDH ne le fera pas et nous ne souhaitons pas les accompagner dans une démarche qui n'a aucune chance de réussir et ainsi les bercer d'illusion.

 

La tâche de l'heure, la préoccupation de la LDH n'est donc pas de trouver une illusoire autre stratégie, de trouver un raccourci, d'imposer un biais dans la conduite de la grève. Membre du G 11 qui soutient et organise la lutte depuis le début, elle ne peut se désolidariser d'une action en cours, aussi importante, aussi stratégique. Elle ne prendra pas de décisions contraires à celles que prend l'assemblée des délégués des piquets de grève chaque semaine. Elle ne se livrera pas à des opérations de diversion ou de détournement qui n'auront pour résultat que de la diluer dans un regroupement sans stratégie apparente perceptible. Bien sûr, il existe des groupes qui organisent des activités substitutives. Certains ont un pied dedans et un pied dehors, d'autres les deux pieds dehors,  d'autres encore n'attendent qu'une seule chose : que la grève échoue. Nous n'avons pas suffisamment de forces à consacrer à des actions non convergentes. Aujourd'hui, ce qui est stratégique n'est pas de marcher de Paris à Nice à l'appel d'un manifeste qui réussit à ne pas dire un mot de l'un des plus importants mouvements collectifs de travailleurs immigrés de notre histoire. Ce qui est stratégique c'est de tout faire pour que la grève gagne, présence, aide, collecte, soutien... Toutes les solutions sont à étudier.

Et cela porte un beau nom, camarade ligueur, cela s'appelle la solidarité.

 

Analyse du Bureau national (22 avril 2010).

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