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Affaire Joachim Gatti

31 Juillet 2009 , Rédigé par groupe Proudhon FA Publié dans #Répression

Affaire Joachim Gatti
l'auteur du tir de Flash-Ball n'était pas en légitime défense
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L'enquête de l'Inspection générale de la police (IGS) sur les incidents
graves survenus le 8 juillet à Montreuil (Seine-Saint-Denis) au cours
desquels Joachim Gatti, 34 ans, a perdu un oeil après un tir de Flash-Ball,
est presque achevée. Le parquet de Bobigny a demandé, mercredi 29 juillet,
qu'on lui transmette le dossier en vue d'une éventuelle ouverture
d'information judiciaire. Selon nos informations, il apparaît que l'auteur
du tir, un policier de la brigade anticriminalité (BAC), ne se trouvait pas
en situation de légitime défense. L'IGS, la police des polices compétente
sur Paris et la petite couronne, avait été saisie après la plainte déposée
par M. Gatti.
Le 8 juillet, ce réalisateur participait à un rassemblement de soutien aux
occupants d'une clinique désaffectée expulsés le matin même, et gardés
aussitôt après leur évacuation par des policiers. Après l'incident dont a
été victime M. Gatti, la préfecture a reconnu l'existence de tirs de
Flash-Ball (arme qui utilise des balles de caoutchouc), tout en indiquant
que des projectiles avaient été tirés en premier sur les policiers. Selon
ces derniers, ils se trouvaient "une quinzaine face à 40 ou 50 individus".

L'IGS a entendu M. Gatti et les fonctionnaires de la BAC à plusieurs
reprises. Au fur et à mesure des auditions, des précisions ont ainsi été
apportées. Le fonctionnaire n'était pas directement menacé. Dans ces
conditions, les conséquences pour le policier de la BAC peuvent être
lourdes, du fait de la gravité des blessures infligées à M. Gatti. A tout le
moins, ce tir de Flash-Ball, hors des conditions d'usage, sera considéré
comme une riposte disproportionnée. Embarrassée par cette affaire, la
hiérarchie policière attend les dernières conclusions. "Le fonctionnaire en
question n'est pas une brutasse", indique, sous le couvert de l'anonymat, un
responsable policier.

A la demande des policiers du commissariat de Montreuil, inquiets pour leur
collègue, Jean-François Herdhuin, directeur départemental de la sécurité
publique (DDSP), s'est d'ailleurs rendu vendredi 24 juillet, à midi, dans
leurs locaux.

Pendant deux heures, le patron des policiers du département a dû faire face
à des fonctionnaires sur la défensive. Selon le témoignage d'un participant,
les policiers ont dit se sentir "en parfaite insécurité juridique" et évoqué
la perspective de ne plus travailler dans les quartiers difficiles.
La présence de membres de la BAC, qui ne sont pas des spécialistes du
maintien de l'ordre et qui, à la différence des CRS et des gendarmes
mobiles, sont dotés de Flash-Ball, est néanmoins sujette à questions. "Les
CRS n'étaient pas disponibles ce jour-là, on a pris les policiers qu'on
avait sous la main", plaide un responsable hiérarchique sous le couvert de
l'anonymat. Dans les faits, les policiers de la BAC, en civil avec un
brassard orange de la police sur le bras, travaillent surtout dans le cadre
des violences urbaines, où selon les statistiques de la direction
départementales de la sécurité publique, les Flash-Ball sont souvent
utilisés. Trois fois par jour en moyenne rien qu'en Seine-Saint-Denis.

Dans un article rédigé fin juin et publié dans "La Tribune du commissaire",
M. Herdhuin fait état d'accidents quotidiens et répétés et affirme avoir
fait effectuer des rappels à l'ordre sur "les conditions d'utilisation des
armes non létales". "Il m'était apparu, écrit-il avant les incidents de
Montreuil, que leur utilisation avait peut-être été abusive dans quelques
situations où des jeunes hostiles avaient été blessés sérieusement." Mais,
ajoute-t-il, "comment faire la part des choses dans ces situations où, la
nuit, des groupes de délinquants attaquent nos policiers même lorsqu'ils
verbalisent un véhicule ?"
Ce n'était pas le cas à Montreuil et les incidents du 8 juillet ont entraîné
une manifestation, le 13 juillet, de protestation contre les "violences
policières". Des échauffourées se sont alors produites avec de jeunes
autonomes. Les policiers ont essuyé des jets de projectiles, dont des
"boules de pétanque", ont-ils relevé. Mais aucun incident d'une gravité
comparable à la fois précédente n'a été signalé.

C'est au cours de cette journée que le journaliste stagiaire du "Monde" a
été interpellé et placé plus de huit heures en garde-à-vue bien qu'il ait
fait état à plusieurs reprises de sa qualité.

Isabelle Mandraud

Article paru dans l'immonde édition du 31.07.09
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