Le groupe Proudhon tient des permanences à la librairie www.lautodidacte.org, 5 rue Marulaz, le mercredi de
17 à 19 h, le samedi de 15 à 19 h.
Vous pouvez rencontrer ses militants également au petit marché de Battant, chaque dimanche matin, de 11 h à midi 15 pendant la vente du Monde libertaire, l'hebdo de la
Fédération anarchiste.
Le gouvernement réinvente le STO pour les chômeurs !
Date: 07 Mai 2008
Le Service du Travail Obligatoire - ou "STO" - fut, de sinistre mémoire, durant l'occupation de la France par l'Allemagne nazie, la
réquisition et le transfert contre leur gré vers l'Allemagne de centaines de milliers de travailleurs français afin de participer à l'effort de guerre, avec la complicité active du gouvernement
de Vichy.
Si aujourd'hui l'Europe est en paix, la virilité des puissants demeure avide de batailles à livrer. Pour entretenir ses ardeurs, elle
a inventé ce conflit permanent et larvé qu'on appelle "guerre économique" où, à l'échelle mondialisée, des travailleurs de plus en plus désarmés sont désormais en concurrence entre eux : les
récentes affaires dela révolte des ouvriers de Daciaou du scandale del'offre d'emploi de l'ANPE pour l'Indeattestent du
dumping social imposé en missile suprême.
Les guerres "classiques" d'autrefois ont toujours eu des racines économiques. Quand il disait «On croit mourir pour la patrie et on meurt pour des industriels», le grand écrivain Anatole
France visait juste. Les héros commeGuy Môquetoùles poilus de 14-18dont Lazare Ponticelli fut le dernier symbole sont morts pour le grand patronat. Un grand patronatqui ne
s'est jamais encombré de déontologiepour parvenir à ses fins, sur le dos de peuples maintenus dans l'ignorance et
manipulés à loisir (on se souvient de Dominique de Villepin qui parlait, lui aussi, de "patriotisme économique" et de "bataille pour l'emploi").
Cette grande manipulation se poursuit avec de nouveaux concepts idéologiques comme"la valeur travail", érigée en France comme le pilier
absolu du bien-être individuel et de la performance du pays. A l'heure où il se raréfie ou se dégrade, le travail - en fait, "lemploi" - est vanté afin de soumettre les individus au«toujours mieux que rien»véhiculé par des gouvernants au
service des entreprises (et dont le RSA n'est qu'un des nombreux avatars) ou la finance internationale.
Comme autrefois les Juifs furent les boucs émissaires d'une société en crise, ceux qui ont perdu leur emploi portent aujourd'hui cette nouvelle étoile jaune. Pointés du doigt comme
responsables de leur situation dans un contexte où l'emploi va manquant, désignés comme des déviants qui profitent de la solidarité nationale, les chômeurs sont de plus en plus harcelés,
contrôlés, etlivrés à la vindicte populaire. L'amnésie s'avère complète
quand la très respectable Simone Veil, rescapée de la barbarie nazie, n'a pas hésité soixante ans après à ériger en boucs émissaires les chômeurs de longue durée, les RMIstes et autres
"assistés", qu'elle a violemment marqués du sceau de l'infamielors de son discours de soutien à Nicolas Sarkozy, le 29 Avril 2007 à Bercy.
Aujourd'hui, notre gouvernement n'hésite pas, dans un souci de «justice» et de bon «équilibre entre les droits et les devoirs» des chômeurs (ceux des entreprises - qui sont à l'origine des
emplois - et des spéculateurs irresponsables qui jettent des familles à la rue ou affament des populations entières, sont escamotés du discours), à monter d'un cran son arsenal répressif à
l'encontre des victimes du chômage de masse.
Vichy est de retour ! Le STO aussi... Avec son projet de loi qu'il compte entériner d'ici l'été, obligeant officiellement les travailleurs destitués à accepter des postes déclassés afin
d'entretenir le sous-emploi, la précarité et la dégradation salariale pour le plus grand bénéfice des employeurs, le gouvernement de Nicolas Sarkozy passe outre tout dialogue social en évinçant
les partenaires sociaux de cette décision. Nous assistons bien aux manuvres d'un gouvernement autoritariste, aveugle, et qui pratique une dictature douce avec l'assentiment de l'opinion.
La preuve : ce chantage à l'emploi (et aux allocations) est contraire à la Convention nº105 de l'OIT du 25 juin 1957 sur labolition du travail forcé,Article 1, petit b, ou ses signataires s'engagent à supprimer le travail forcé ou obligatoire et à n'y recourir sous aucune forme, notamment «En tant que méthode de
mobilisation et dutilisation de la main-d'uvre à des fins de développement économique»... Or, ce projet de loi du gouvernement Sarkozy ne vise qu'à rétablir cette pratique d'un autre âge à
l'encontre d'une population qu'il a hautement contribué à fragiliser, stigmatiser et isoler. Maintenant, il ne reste plus qu'à l'avilir et à la dépouiller, puisqu'une partie des cotisations
chômage seront transférées sur les cotisations vieillesse : on déshabille les chômeurs pour habiller l'électorat sarkozyen.