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Anarchisme et décroissance

24 Octobre 2014 , Rédigé par groupe Proudhon FA Publié dans #groupe Proudhon - FA

Anarchisme et décroissance.

Que les choses soient claires : La Fédération anarchiste est pour la décroissance libertaire comme elle l'a exprimé lors de ses congrès en 2004 avec la motion « Du développement à la décroissance », et la campagne fédérale qui l'a accompagnée, et en 2008 avec sa « motion sur la décroissance ».

Certains camarades peuvent être en désaccord ou évoquer leurs doutes, leurs réticences sur ce concept de décroissance. Je répondrai simplement qu'à une époque, les anarchistes rejetaient le terme d'autogestion au profit de celui de gestion directe, plus clair. Aujourd’hui, tout le monde parle d'autogestion même si tout le monde n'y met pas exactement les mêmes définitions ni les mêmes pratiques. Va-t-on pour autant dire que la FA est contre l'autogestion ? Bien sûr que non ! Nous n'allons pas nous laisser voler les mots par les divers imposteurs du radicalisme verbal. Ce qui est important, c'est d'être compris, de parler le vocabulaire réel, d'y mettre et d'y défendre nos pratiques libertaires.

Il faut critiquer et combattre les prétentions électoralistes du mouvement écologique. Celui-ci a d'ailleurs abandonné les luttes sociales et se réfugie dans un système de lois coercitives qui visent à criminaliser les individus et leurs comportements. Il fonctionne sur le registre de la sanction financière et de la contrainte. En ce sens, une sorte de « fascisme vert » pourrait se développer et des ponts peuvent parfois se construire entre des mouvements d'extrême-droite et certains mouvements écologiques, naturalistes.

Le mouvement écologique peut très bien s'acclimater du régime capitaliste et ce dernier peut se servir de celui-là pour asseoir son emprise idéologique et économique. Le concept fumeux de « croissance verte » est à rejeter. D'ailleurs, lors des dernières Marches pour le climat, les anarchistes de la section de New-York de la Black Rose Anarchist Federation ont défilé sous les pancartes de « Le capitalisme vert ne nous sauvera pas », « La lutte pour le climat est la lutte de classe », etc.

Une fois que l'on a dit cela, il n'en reste pas moins vrai que les anarchistes sont sensibles à la question environnementale et s'impliquent fortement dans les luttes écologiques et sociales : contre les pollutions industrielles, contre la déforestation, contre le nucléaire, contre le vol des terres indiennes, par exemple, par des multinationales, contre les « grands projets inutiles » comme Notre-Dame-des-Landes, la zone du Testet en France, le mouvement No-TAV en Italie, etc.

La Fédération anarchiste, dans ses motions, a exprimé que la décroissance libertaire doit s'attaquer à 3 fronts principaux : les transports ; l'agriculture ; l'industrie des armes. Sur ces trois thématiques, nous avons développé des actions propres : campagnes pour les transports publics gratuits ; développement de réseaux de solidarité, de circuits courts, d'AMAP ; campagnes contre la guerre. Certaines idées trouvent des échos dans la société et se développent. D'autres ont encore besoin d'être approfondies. Toutes ont besoin de se développer. Mais ces « alternatives anarchistes en actes » ne suffiront pas à renverser la société capitaliste.

En 2004, la Fédération anarchiste écrivait : « Le préalable à la mise en œuvre de cette décroissance est donc la disparition du capitalisme. Parce que ce système a besoin d’une croissance pour survivre, parce que sa logique propre est une dynamique suicidaire, il ne peut accomplir cette décroissance... sauf à supprimer massivement les populations pauvres, c’est-à- dire à perpétrer des génocides. La deuxième condition est la suppression de l’État, dans la mesure où cette dynamique capitaliste ne s’accélère qu’avec la collaboration des différents gouvernements : multiples subventions, mise en place d’infrastructures, prise en charge par la puissance publique de la formation, de la recherche, des coûts environnementaux, des pertes financières, cadre juridique sur mesure... […] Toute solution qui ferait l’économie d’une redistribution des richesses serait fatalement vouée à l’échec. Pour que la décroissance puisse être maîtrisée par les différentes populations, pour qu’elle n’ouvre pas la voie à la barbarie des conflits pour l’appropriation des ressources ou aux mesures draconiennes d’un totalitarisme, le problème doit impérativement être posé dans une perspective d’égalité économique et sociale, la gratuité des services publics pouvant constituer un levier essentiel dans cette construction. »

Dans cette lutte, toutes les initiatives populaires sont les bienvenues pourvu qu'elles se débarrassent des slogans « Sauvons la Terre » qui se ferait contre l'humanité dans une sorte anthropo-phobie (L'humanité disparaîtra, bon débarras !). Notre écologie sociale s'inscrit dans un projet de société égalitaire, solidaire, libertaire. La question sociale doit donc être reposée et nous rejoignons là la question de l'autogestion, de la gestion directe : qui produit ? Quoi ? Et comment ? C'est la question de la socialisation des moyens de productions, concept « barbare » et « daté » pour exprimer le contrôle par les populations des usines, des exploitations agricoles, des entreprises ; leur placement sous la gestion collective, voire leur démantèlement... en tous cas une réflexion collective sur ce que nous produisons et consommons, sur la façon de le faire et sur ce que cela entraîne comme conséquence.

Par exemple, nous sommes contre l'industrie nucléaire qui implique une pollution des terres d'exploitation de l'uranium, des risques lors des transports, des maladies, des guerres, des menaces sur la santé et l'environnement, des catastrophes. Le nucléaire implique une société policière, centraliste. Nous sommes donc pour son démantèlement immédiat. Au contraire, nous souhaitons privilégier les alternatives de micro-énergie qui rendent la maîtrise de ce secteur aux populations qui se sont faites voler leur pouvoir de décision par de prétendus experts.

Le système capitaliste et les États insistent sur une prétendue croissance nécessaire. Leur logique est de maximiser les profits pour avoir quelques miettes à redistribuer, ou pas, aux populations. Et elles de tomber dans le panneau du produire plus. La remise en cause du productivisme doit nous amener à repenser la question du salariat, du temps de travail, des revenus, indexés ou non sur le travail, etc. Ces questions peuvent être débattues au sein des organisations anarchistes et des organisations de masse : syndicats, associations, etc. Elles trouveront leur débouché dans un vaste mouvement révolutionnaire autogestionnaire.

Déjà en 1977, la Fédération anarchiste écrivait, dans sa « Motion sur l’écologie » : « […] Nous refusons le productivisme, idéologie par essence totalitaire (ne pas oublier que la phase de transition des bolchéviks, fondée sur un productivisme absolu, enterra la révolution russe). […] Nous croyons fondamentalement que la solution finale ne peut être que l’autogestion mondiale des ressources et la répartition égalitaire et fédéraliste de la production. Il est évident que la récupération électoraliste des luttes écologiques ne remettra pas en cause cette société. La Fédération anarchiste ne saurait donc pas soutenir d’une façon inconditionnelle le mouvement écologique dont la récupération politique ne fait aucun doute. […] C’est uniquement dans un processus visant à terme la destruction de l’État, la Révolution libertaire, que les militants de la Fédération anarchiste participeront activement à la lutte écologique. Celle-ci n’est pas un accessoire, elle s’inscrit dans le cadre de la révolution sociale. »

Fred – gr Proudhon FA (Besançon)

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